Wilkommen*Bienvenido*Bienvenue*Welcome

Wilkommen*Bienvenido*Bienvenue*Welcome
Fiction abandonnée... Pour le moment en tous cas. Plus d'inspiration, plus envie de la continuer.

Je suis désolée... C'est ici qu'est partie mon inspiration, c'est que je me concentre désormais.

"Ecrire.
Me plonger dans mon Imagination, laisser ma main courir sur le papier, comparer les mots, passer des heures sur la même phrase et la modifier dans ses moindres détails pour qu'elle devienne Harmonie.
Rester dans mon Utopie, inventée, puis jetée sur papier...
Ecrire
."


Schrei."

Bis du du selbst bist.

Schrei."

Und wenn es das letzte ist

Schrei."

Auch wenn es weh tut ...


Schrei so laut du kannst.



Je ne prétendrai pas ne pas les aimer, même si en ce moment, ce n'est plus pareil. Disons qu'il me semble qu'ils prennent la grosse tête... J'écoute leur musique, et je les laisse m'inspirer. Peu importe. Je ne les connais pas, je m'invente leurs personnalités, et je couche le tout sur papier. Ou sur écran.




"Cesse de te cacher. Nous sommes pareils. Je te connais comme moi-même. Personne ne te comprendras jamais aussi bien que moi."



Avant... *

# Posté le lundi 26 janvier 2009 14:10

Modifié le samedi 25 avril 2009 12:22

"Il n'y a pas de fin. Il n'y a pas de début. Il n'y a que la passion infinie de la Vie." Frederico Fellini.

"Il n'y a pas de fin. Il n'y a pas de début. Il n'y a que la passion infinie de la Vie." Frederico Fellini.
____.Tout le monde aime les fleurs.
Colorés, odorantes, elles semblent parfumer le monde entier de leur beauté.
Certains croient que celles présentes dans leurs jardins leur appartiennent. Ils font erreur. Leurs racines, enfouies sous terre, poussent où bon leur semble. Les fleurs sont libres.
Demandez à mon père.
Intéressons-nous à une espèce particulière de fleurs... Celles qui ont des épines. Belles à regarder, mais inaccessibles. Impensable de les cueillir, si l'on ne veut pas se piquer les doigts. On ne peut pas les toucher, on doit se contenter d'admirer leur beauté insolente, provocante. Il faut se résoudre à envier leur couleur intense, attirante, et attendre patiemment qu'elles fanent. Mais même à cet instant, on n'est pas complètement vainqueur. On continue de jalouser la fleur, qui même morte, reste d'une beauté inégalable.
Je m'appelle Rose, et je ne suis pas prête de faner.
Bientôt, vous détesterez les fleurs.

____.Écrire. Sur mes humeurs, mes opinions, sur Munich, sur ma vie en général, sur tout, sur rien. J'y passe des heures. J'en ai besoin. Et puis, il faut bien que j'occupe mes journées. Je ne vais pas au lycée, non. C'est d'un commun... L'année dernière, j'ai décidé que j'étais au dessus de tout ça, au dessus de tous ces élèves qui se morfondent dans leur petite routine banale... Je prends des cours particuliers. Mon père n'a pas pu me le refuser, il ne me refuse jamais rien d'ailleurs. Il a bien trop peur que je décide d'aller vivre chez ma mère, et il compense son éternelle absence en obéissant à tous mes v½ux, mes désirs, mes exigences. Le plus souvent, c'est moi qui commande.

____Je suis riche. Ou plutôt mes parents le sont, et moi j'en profite. Quoi de plus normal ? Certains sont élevés avec amour, moi, j'ai été élevée avec l'argent. Chacun son éducation. Les sentiments n'ont pas leur place chez moi. Toujours porter un masque, ne l'ôter que lorsqu'on est complètement seul, ou saoul. Le paraître, l'apparence, voilà ce qui compte. Personne ne me connaît vraiment. Mes amis ? Dans mon milieu, l'amitié n'est qu'un amusement parmi d'autres. On devient ami avec quelqu'un par intérêt, puis on se désintéresse de la personne lorsqu'on a obtenu ce que l'on voulait. Je raisonne ainsi, et je n'ai aucune honte à l'admettre. Je n'éprouve pas le moindre embarras à être moi-même.


_____
L'eau s'écoule lentement sur la vitre teintée. Dehors, il n'en finit pas de pleuvoir, et les gouttes de pluie forment des cercles de plus en plus en plus grands, tels des ondes, en tombant sur les énormes flaques d'eau qui bordent la route. Je souffle sur la vitre, dessine sur la buée, sans prêter ne serait-ce qu'un regard aux occupants des autres voitures qui, impressionnés, tentent de deviner à qui appartient la silhouette masquée par la vitre fumée de la limousine.
Je reporte mon attention sur mon livre, mais j'ai perdu le fil de l'histoire et je le referme brusquement avant de le lancer de l'autre côté de la banquette.
Je frappe à la vitre du chauffeur.

-C'est bientôt fini, tous ces embouteillages? Si ça continue, je vais finir par arriver en retard...
Il desserre légèrement sa cravate, et tapote le volant, l'air contrarié.

-Nous devrions restés coincés encore une petite heure, puis la route devrait se débloquer...

-Une petite heure ? Je dois arriver à la soirée dans moins d'une demie heure !
Il hausse les épaules en signe d'impuissance.

-Vous risquez d'avoir un peu de retard...
Je pousse un soupir agacé.

-Mais faîtes quelque chose, bon sang ! Il doit bien y avoir un moyen d'arriver à l'heure...

-Je ne vois pas d'autre moyen que celui d'attendre patiemment que les embouteillages se terminent. A moins que Mademoiselle aie quelque chose d'autre à suggérer ?

-Je refuse d'être en retard à ma première soirée au Schreib'n, je préfère autant ne pas y aller. Faîtes demi-tour.

-Demi-tour ? Et comment voulez-vous, nous sommes coincés dans les bouchons...

-Peu importe. J'ai décidé que je n'irais pas ce soir. Ramenez-moi à Munich, et faites le tour de la ville, que je puisse trouver une fête où m'occuper pour cette nuit...

Je me cale à nouveau contre le dossier de mon siège, et ferme les yeux.
Dommage, j'avais vraiment envie d'aller au Schreib'n. Ils ne font malheureusement qu'une soirée par semaine, je ne pourrais donc pas savoir ce qu'ils ont pensé des écrits que je leur ai envoyés quelques jours auparavant. Le principe du club est simple. Chacun envoie un extrait de ses écrits, qui sera lu lors de la soirée, puis commenté par toute l'assemblée. Le Schreib'n est un club très fermé. Ou plutôt, ouvert à ceux qui ont soit le talent, soit l'argent. Certains assistent aux soirées sans n'avoir jamais rien écrit, le plus souvent pour pouvoir se vanter d'avoir eu la chance de prendre part à l'un des clubs les plus renommés d'Allemagne. Ceux-là doivent leur présence aux énormes sommes d'argent qu'ils versent aux représentants du Schreib'n pour assister aux réunions.
Bref. Ce soir sera comme tous les autres soirs. Alcool, musique, et débauche : ma deuxième passion, après l'écriture. Faire la fête parmi mes semblables. Parce que nous avons beau être riches, nous n'en demeurons pas irréprochables pour autant. Bien au contraire. Les fils à papa savent se lâcher, et les filles snobs, pourries-gâtées, et coincées, peuvent se révéler être de véritables fêtardes, après plusieurs verres. La seule différence entre nos fêtes et celles des autres adolescents, c'est que nous remplaçons la bière par le champagne, les chips par le caviar. Et que jamais la police ne débarque pour tapage nocturne. Personne n'ose s'opposer à nous, ils nous craignent. Et ils ont raison. Nous sommes riches, après tout. Ça nous donne tous les droits.


Point de vue de Bill.

.____Je baille ostensiblement, attirant sur moi de nombreux regards furieux. Comment peuvent-ils rester enfermés aussi longuement dans cette pièce, à commenter des écrits tous plus ennuyeux les uns que les autres ? Je vais mourir d'ennui. Et pourtant, il semblerait que je sois obligé de rester. Pour chercher l'inspiration, pour trouver des textes qui conviennent au groupe. J'ai depuis bien longtemps cessé d'écrire ce que je chante en concert. A quoi beau, puisqu'il suffit que je claque des doigts pour que quelqu'un le fasse à ma place...
Mais David a récemment décrété que le groupe devait se reprendre en main. Après un an de sur-place, un an avec les mêmes fans qui ne nous aiment pas nous, mais l'image que nous donnons de nous à travers notre musique, nous allons devoir changer. Modifier les opinions de la presse en retrouvant notre allure originelle, comme dit David. En clair, redevenir nous même, comme avant, afin de regagner notre vrai public, celui qui partageait notre courant de pensée.
Cela risque de s'avérer impossible. Tout le monde change, y compris nous. Et nous avons finis par prendre habitude à être assistés en tout, même à l'écriture de nos chansons. A moins d'avoir une illumination, je ne vois pas comment je pourrais soudainement retrouver mon inspiration, même dans cette réunion où la moyenne d'âge est d'environ trente ans au dessus du mien. Mais David a décidé que j'assisterais à ce rassemblement, et on ne discute pas les ordres du manager, n'est-ce pas ?
Je lève les bras et m'étire lentement. Derrière moi, les remarques fusent, je m'en délecte.

-Enfin, jeune homme, vous masquez totalement l'écran !

-Le feriez-vous exprès ?

-Pensez donc à ceux qui sont derrière vous...

Je me retourne, un sourire goguenard étirant mes lèvres.

-Je vous dérange ?
Une petite vielle, son sac à main sur les genoux, pince les lèvres et me fusille du regard. Près de lui, un homme d'une quarantaine d'années tient son chapeau melon d'une main, et caresse sa moustache de l'autre, l'air agacé.

-Oui, vous nous dérangez.

-Parfait, alors je continue.


.____Des mots me sortent peu à peu du sommeil vaseux dans lequel je me suis enfoncé.

«... Je me cache, coûte que coûte. On ne m'a jamais appris à faire autrement. C'est la seule manière pour survivre, ici. Parfois, je me plais à abandonner ces rôles, à enlever ces masques, je me montre telle que je suis vraiment. Et alors, ce sont les étincelles. Personne ne me reconnaît, j'ai l'impression d'effrayer tout le monde. Ils me prennent pour une folle, comme si j'avais ôté un vêtement et révélé la totalité de ma nudité, défiant toute pudeur. Des questions se posent, alors. Dois-je renoncer à être moi même ? Ou dois-je, coûte que coûte, les forcer à m'accepter, peu importe ce qu'ils en pensent ? Dans un monde où tout n'est qu'apparence, vivre en harmonie avec soi-même relève véritablement du défi. »

.___Je me maudis d'avoir manqué le début de la lecture. Ces écrits sont le parfait résumé, ou presque, de mon état d'esprit d'en ce moment. L'atmosphère, dans la pièce, a complètement changé. La plupart de ceux qui viennent d'entendre ces écrits semblent gênés, embarrassés. Ils ne sont pas habitués à entendre tant de vérités, et semblent indignés d'être indirectement dépréciés en appartenant à la société que dénonce la personne qui a écrit cela. Le lecteur s'éclaircit la gorge.

-Ce texte nous a été envoyé en début de semaine, par une jeune femme, Mademoiselle...
Il cherche un instant dans sa paperasse le nom de la jeune écrivaine, tandis que, du regard, je tente de la repérer dans l'assemblée. Y-a-t'il réellement quelqu'un de jeune ici, mis à part moi ? J'en doute.

-... Mademoiselle Jost. Elle a, vraisemblablement, eu un empêchement, et n'est pas présente parmi nous ce soir. Pour ce qui est des commentaires sur ses écrits, je trouve très important de souligner que...
Je cesse de l'écouter. Peu importe ce qu'il a à dire, de toutes manières il est certain qu'il va qualifier le texte de mensonger. Pour ma part, je le trouve plutôt provocant, et j'apprécie. Mais ce n'est pas sur ça qu'est rivée mon attention pour le moment. Un détail, qui je l'accorde, peut paraître infime, me laisse bouché bée. Mademoiselle Jost. Il n'est quand même pas possible que... Non. David Jost, mon manager, m'aurait prévenu s'il avait été au courant que sa fille était adhérente au Schreib'n. J'ai cru comprendre qu'elle lui échappait, et si elle appartient à ce club, elle n'aura sûrement pas prévenu son père. Et puis, David n'est pas le seul à posséder Jost comme nom de famille... . Il s'agit d'une simple coïncidence. Ou pas. Toujours est-il qu'il faut que je rencontre cette fille. Qu'elle m'apprenne à retranscrire mes pensées dans mes chansons, ou qu'elle les écrive à ma place, puisque apparemment, nous avons la même façon de penser...
.____Lorsque le raclement des chaises se fait entendre, je comprends que la réunion est terminée. Je me dirige sans attendre vers le l'homme qui a lu le texte m'ayant tant frappé, et lui serre brièvement la main. Lui me regarde des pieds à la tête, incommodé par mon style gothique qu'il semble juger beaucoup trop exubérant. Mais ça n'a aucune importance, je suis habitué aux regards choqués lancés sur mes vêtements, et à force cela ne me fait plus rien. Ou presque.

-Je voulais savoir... Y-a-t'il un moyen de joindre cette Mademoiselle... Jost ? Pourrais-je avoir ses coordonnés ?
Il plisse le nez, me jette un regard méprisant. L'imbécile. Je parie qu'il n'a aucune idée de qui je suis.

-Eh bien, non. Je ne suis pas autorisé à révéler les coordonnés des adhérents au Schreib'n. Le seul moyen pour vous de la voir, serait de revenir lors du prochain rassemblement, dans le but de la rencontrer.

-Quand aura-t-il lieu ?

-Dans une semaine.

Ayant eu toutes les informations que j'attendais, je tourne les talons sans demander mon reste.
A la sortie de la grande salle, Saki, mon garde du corps, m'attend patiemment pour m'escorter jusqu'à la limousine noire garée un peu plus loin.
Très bien. Je reviendrai la semaine prochaine. Mais j'ai d'abord quelque chose à tirer au clair avec mon cher manager.







Premier chapitre.
Vous en pensez quoi ? Vous aimez ? ...?
N'oubliez pas de passer et , et là.
Bisous.
M*

# Posté le mardi 27 janvier 2009 12:20

Modifié le jeudi 12 mars 2009 13:28

"Qu'est la volupté elle-même, sinon un moment d'attention passionnée du corps ? " Marguerite Yourcenar

"Qu'est la volupté elle-même, sinon un moment d'attention passionnée du corps ? " Marguerite Yourcenar
Point de vue de Rose.

---- .Je m'éveille doucement, incommodée par la fumée qu'on me souffle quasiment dans la figure. Je fronce les sourcils, ouvre les yeux, et adresse un regard assassin à celui avec qui j'ai partagé ma nuit.

-Éteins-moi ça, tu vas empester ma chambre !
Il éclate de rire, et tire une nouvelle bouffée. J'ai horreur qu'on me désobéisse, et je trouve cela d'autant plus frustrant lorsque je n'ai aucune emprise ou presque sur la personne à qui je viens de donner un ordre. Je décide de garder mon sang froid, me lève, emportant le drap avec moi, plus pour me tenir chaud que pour masquer ma nudité, et m'habille rapidement.

-Sors de chez moi.
Il hausse les épaules.

-Si tu veux... Ça ne t'intéresse toujours pas de savoir comment je m'appelle ? Après tout, on se voit quasiment toutes les semaines, non ?
Savoir comment il s'appelle ? Je n'y vois aucun intérêt. Je n'ai pas besoin de connaître le prénom d'un homme pour passer du bon temps avec lui.


-Bon, tu t'en vas oui ou merde ?
Il écrase sa cigarette sous son talon et étale les mégots sur le parquet, dans la seule intention de me provoquer. Mais ça ne me fait ni chaud ni froid. Ce n'est pas moi qui fais le ménage. Il s'habille lentement, réajuste ses vêtements luxueux qui empestent l'alcool et la sueur, puis coiffe nonchalamment ses cheveux blonds roux. Je l'observe sous toutes les coutures, me félicitant intérieurement de mes bons goûts, qui même lorsque je suis complètement saoule, ne me font pas défaut. Il fait pareil de son côté. Je croise son regard. Lui s'avance vers moi et pose une main sur ma hanche, provocateur. Je me recule lestement.

-N'y comptes même pas. Je devais vraiment être bourrée pour passer la nuit avec toi...

-C'est drôle, si je n'avais pas appris à te connaître, après toutes ces fêtes, j'aurais presque pu te croire.

-Dégage de chez moi.

-On se dit à bientôt, alors ?

J'approche doucement ma tête de la sienne, de façons à ce que nos lèvres se frôlent presque. Lui ferme les yeux, et attend que nos bouches entrent en contact. Je le laisse espérer quelques secondes, puis fais un pas en arrière, lui adressant un sourire vindicatif.

Il pousse un soupir et rougit, vexé. Puis il sort enfin de ma chambre.
Je m'assieds sur mon lit, attrape la télécommande, et allume l'écran plat fixé sur le mur d'en face.
Les publicités défilent, pourtant je ne change pas de chaîne, absorbée par mes pensées.
Dans ma main, la carte qu'il a déposée sur ma table de chevet alors que je dormais encore. Il a raturé son nom et son prénom de façon à ce que je ne puisse les lire par aucun moyen, et n'a laissé que son numéro de téléphone. Je fait tourner la carte entre mes doigts.
Je sais qu'il n'avait pas tort.
Ce n'est pas la première fois que nous nous voyons, et encore moins la dernière. Cela me convient parfaitement.



Point de vue de Bill.


____
J'ai une folle envie de raccrocher, mais ma ranc½ur envers David qui m'a forcé à assister à la réunion contre mon gré, n'est apparemment pas assez forte face à ma curiosité qui l'emporte.

- Oui ?
- Allô... Heu... David ?
- Bill ? Tiens, tu as fini de faire la gueule ?

J'ignore sa remarque.
- Tu sais, cet espèce de rassemblement, là...
Il se renfrogne.
- Le Schreib'n, Bill, ça s'appelle le Schreib'n. Ce club est connu dans toute l'Allemagne...
- Oui, bon, peu importe. J'y ai entendu un texte qui m'a beaucoup plu...
- C'est vrai ? Tu vois, je te l'avais bien dis que tu trouverais des idées ! Tu as pris contact avec l'écrivain ?
- Au fait... C'est pour ça que je t'appelais...

David pousse un soupir.
- Qu'est-ce qui se passe, encore... Il n'a pas voulu te prêter son texte ? Il va falloir que j'aille tout arranger pour le convaincre ?
Je sais que selon lui, « tout arranger » signifie payer une somme imposante en échange de ce qu'il demande. Ça marche à tous les coups. Sur le moment, je hais David de raisonner ainsi, et je crispe les doigts sur le téléphone pour m'empêcher de le lancer à travers la pièce.
- Non, ce n'est pas ça.
- Alors que se passe-t-il, Bill ?
- David, tu as une fille, n'est-ce pas ?
- Oui.
- Est-ce que par hasard... Elle ne ferait pas partie du Schreib'n ?


Il éclate d'un grand rire joyeux.
- Je le savais, je le savais ! C'était forcé, ça ne pouvait pas se passer autrement...
- Tu savais quoi ?
- J'étais au courant qu'elle faisait partie du club, et à chaque fois que je la vois, j'ai l'impression de t'avoir face à moi. Vous avez le même caractère, ou presque. Alors je me suis dit que si tu entendais l'un de ses écrits... Peut-être serais-tu inspiré. Et ça a marché. Je suis un véritable génie.


Je reste silencieux quelques secondes, le temps de tout assimiler. Ainsi, il avait tout manigancé ? Tout était prévu d'avance ? Je devrais le détester plus encore, mais je n'y arrive pas : en y réfléchissant, qu'elle soit sa fille ou non, cela ne change rien au fait que ses textes me plaisent.
- David, je peux te poser une question ?
- C'est ce que tu viens de faire.

Haha. C'est qu'il a de l'humour. Il a fait l'école du rire ?
- Est-ce que tu n'aurais pas manigancé ça pour pouvoir être plus proche de ta fille ? Je veux dire, tu ne la vois quasiment jamais... Si elle m'assiste pour l'écriture de mes textes, tu sauras où elle sera à chaque instant, puisque tu est censé savoir en permanence ou les Tokio Hotel sont...

Le temps de réflexion qu'il prend avant de répondre valide mon hypothèse : son but est en effet de pouvoir surveiller sa fille de plus près.
- Je n'y avais pas pensé, mais maintenant que tu le dis, c'est vrai que ce sera plus pratique, je la verrais un peu plus... Au fait, comment se fait-il que tu ne lui aies pas parlé ? Ne me dis pas qu'elle t'impressionne !
- Elle n'était pas là.
- Ah... Où était-elle, alors ?
- Comment veux-tu que je le sache ? Il paraît qu'elle a eu un empêchement.
- Un empêchement ? Je tâcherai de tirer les choses au clair... Eh bien, si vous n'avez pas pu vous rencontrer hier soir, qu'est-ce que tu dirais de la rencontrer aujourd'hui ?


Je hausse les épaules, oubliant que je suis dans une conversation téléphonique et que par conséquent David ne voit pas mes gestes.
- Peu importe... Mais cet après midi plutôt que ce matin. Il n'y a que Gustav et moi qui sommes réveillés.
- Eh bien, c'est d'accord. Je te rappelle plus tard pour te donner des précisions sur les horaires.
- Ok. A cet après midi, alors...


Je raccroche, et sourit légèrement. Je n'aurais pas à assister à la prochaine réunion de ce club ennuyant dont je ne parviens jamais à me rappeler le nom. C'est déjà ça. Reste à savoir si la fille de David est aussi à cheval sur les règlements que son père. Espérons que non.



Point de vue de Rose.

____.« Au final, que suis-je ? Un simple instrument, utilisé pour le bon fonctionnement de la société ? Suis-je censée agir pour le bien de cette dernière, ou simplement rester moi-même ? Ou alors mélanger les deux, selon les situations... Je me perds dans ce labyrinthe de questions. Et d'ailleurs, comment en trouver les réponses ? Elles varieront sûrement en fonction des personnes interrogées, et dans ce cas, qui croire ? Au final, ma vie ce résume à ça. Un énorme point d'interrogation auquel je réponds en mêlant ma personnalité avec un je-ne-sais quoi de provocant qui me permet de garder toute mon assurance lorsque je sens mes certitudes défaillir. Grand nombre de mes connaissances ne m'apprécient pas. Je le sais, c'est une évidence, puisque je n'en ai moi-même rien à faire d'eux. J'ai appris à raisonner de la même façon qu'eux, à la manière dont j'ai toujours vu mes... »

Je sursaute lorsqu'on frappe à ma porte, et rabat brusquement l'écran de mon ordinateur portable.

-Entrez.
William, le valet, tente de garder une expression impassible en constatant l'état de ma chambre.

-Vous avez de la visite.

-De la visite ? Et depuis quand est-ce que je reçois des visiteurs ?

Il sourit discrètement.

-Depuis que les visiteurs en question sont votre père, ainsi que...
Je le coupe dans sa phrase.

-Attendez, vous voulez dire que mon père ne m'a pas prévenue qu'il venait me voir ?

-Il a du oublier... Il vous attend dans la véranda. Dois-je lui dire que vous arrivez ?

-Vous ne lui direz rien du tout. Je refuse de le voir. Disposez, maintenant. Il me faut du calme pour écrire.

Il hausse les épaules, et obéit sans protester.

« ... à la manière dont j'ai toujours vu mes parents agir. L'amitié par intérêt, l'argent qui passe d'une main à l'autre, les sourires hypocrites dans l'espoir d'obtenir quelque chose en échange... Tout cela est monnaie courante, pour moi. Je ne me pose pas même la question « Est-ce bien, est-ce mal ? », puisque... »

On frappe à nouveau à la porte de ma chambre.

-MAIS C'EST PAS POSSIBLE D'ETRE EN PAIX CINQ SECONDES ?
Cette fois-ci, mon père lui même entre, bientôt suivi de quatre garçons qui semblent gênés de pénétrer ainsi dans mon intimité. Mais je ne leur accorde aucune attention.

-Bonjour ma chérie...
Il tente de me déposer un baiser sur la joue, mais je l'en empêche, et il lève les yeux au ciel.


-Comment peux-tu m'appeler ainsi ? On ne s'est pas vu depuis plus de huit mois !
Mon père prend place près de moi, et adresse un signe de tête aux garçons.

-Entrez, faîtes comme chez vous, il ne faut pas vous inquiéter, elle ne mord pas. Même si parfois j'en doute...
Il rit tout seul, comme à son habitude. Il n'est vraiment pas drôle. J'échange un regard avec l'un des quatre garçons, qui semble partager le même avis que moi.
Mon père tire la grimace lorsque ses yeux se posent sur les mégots écrasés au pied de mon lit.

-Tiens, tu fumes, maintenant ? De mieux en mieux...
J'ignore sa remarque. Comment lui expliquer, de toutes manières, que ces mégots ne sont pas les miens, et proviennent de la cigarette qu'à fumé l'homme avec qui j'ai passé la nuit précédente ? Autant le laisser croire que je fume... Je ne vais pas le priver d'une occasion en or de déplorer mon horrible comportement.

-David ?

-Papa, appelles-moi papa, je suis ton père, quand-même...

-Tu n'es pas mon père, tu es mon géniteur. Il me semble que tu ne fais pas la différence, et c'est bien dommage. Bref. Qu'est-ce que tu fais là ? Et eux, qui sont-ils ?

-Ma chérie, ne me dis pas que tu n'as AUCUNE idée de qui ils sont...

Je lui adresse un sourire provocant.

-Eh bien, si. Je n'en ai absolument AUCUNE idée.
Il pousse un soupir magistral.

-Les Tokio Hotel, ça te dit quelque chose ? Ça fait quand même plus de cinq ans que je suis leur manager et qu'on les voit un peu partout dans la presse people... C'est à croire que tu vis recluse dans une cave...
J'adresse un regard dédaigneux aux quatre concernés, qui semblent s'interroger sur l'attitude à adopter.

-... Et ? Qu'ont-ils de si spécial, puisqu'il paraît qu'on parle tant d'eux ?

-C'est un groupe de rock, ma chérie... Mais tu auras tout le temps de faire connaissance avec eux.

-Comment ça j'aurais tout le temps de faire connaissance avec eux ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire encore ?

-Je vais laisser Bill t'expliquer.

Le dénommé Bill fusille mon père du regard, comme si c'était une lourde tâche que de m'expliquer quelque chose. Pour dégager son visage, il souffle sur les quelques mèches noires et blanches ayant échappé sa queue de cheval serrée, puis il se racle la gorge.

-Heu... Tu fais partie du Schreib'n, non ?

-Et alors ?
Il se mordille nerveusement la lèvre inférieure.

-J'ai assisté à la réunion, hier soir, et j'ai entendu un extrait de ce que tu as écrit... ça m'a beaucoup plu. Et heu... Disons qu'en ce moment, j'ai du mal à trouver l'inspiration pour écrire des chansons, alors je me suis demandé si... Si tu ne voulais pas m'aider.
Quelques secondes passent, pendant lesquelles je m'attends à ce que mon père crie « Poisson d'avril ! », ce qui reste très peu probable étant donné que nous sommes au mois de Juin. David m'observe attentivement, guettant ma réaction. Je finis par éclater de rire.

-Vous êtes sérieux, tout le monde ? Moi, assister quelqu'un à écrire des chansons ! Vous pensez vraiment que je n'ai que ça à faire ?
Mon père, livide, ne participe pas à mon hilarité, et personne d'autre que moi dans la pièce, d'ailleurs.

-Oui, jeune fille. Oui. Tu n'as que ça à faire.
J'ouvre de grands yeux, essayant d'avoir l'air naïve et étonnée.

-Vraiment ?

-Vraiment.

-Eh bien je refuse.

Refuser d'accepter, alors que ça aurait provoqué le plaisir des cinq personnes présentes dans ma chambre, quel bonheur... J'aime décevoir.
Le portable de mon père vibre, et il le sort de sa poche. Je l'entends marmonner.

-Déjà dix-huit heures...
Il lève la tête vers moi.

-Bon, écoutes-moi bien. On va en finir vite. Les Tokio Hotel ont besoin d'aide pour l'écriture de leurs textes, et je sais que tu es douée pour ça. Donc tu vas me faire le plaisir de préparer ta valise. A partir de demain matin tu ne quitteras plus le groupe, tu les accompagneras partout. Et je compte sur toi pour aider Bill à écrire.
Je me lève brusquement, envoie valser mon ordinateur portable sur mon lit.

-Pas question !

-Je me fiche que tu le veuilles ou non. Je suis ton père, et tu te dois de m'obéir. Point barre.

-J'ai dit NON !

-J'ai bien peur que si...

Un drôle de sourire étire son visage, et en dit long sur ses pensées. Oui David, tu gagnes cette fois-ci. Tu gardes suffisamment d'autorité pour m'imposer certaines choses... Ne crois pas pour autant avoir regagné à mes yeux ton rôle de père. Cela n'arrivera jamais, pas même dans tes rêves les plus fous.

-Ne t'inquiètes pas, ma fille, tu finiras bien par t'y faire. Il paraît que ça n'est pas si difficile que ça d'obéir... C'est une question d'habitude, en fait.
Il marche jusqu'à la porte, le son de ses pas est étouffé par la moquette.

-Bon, j'y vais... J'ai plusieurs réunions d'affilée, donc je ne sais pas encore si je prends une chambre à l'hôtel, ou si je rentre dormir ici. Les garçons, ça ne vous dérange pas de passer la nuit ici, j'espère ?
Il ne leur laisse pas le temps de répondre et sors de ma chambre, mais repasse quelques instants plus tard la tête à l'intérieur, et m'adresse la parole d'une voix beaucoup trop joyeuse pour augurer quoi que ce soit de bon.

-Au fait, j'avais oublié de préciser... Tu obéis au garçons, hein ? Ils sont plus vieux que toi après tout... Ça va te faire du bien de réapprendre quelques notions d'obéissance... Allez, bonne soirée à tous ! Souhaitez-moi bonne chance, j'en aurai bien besoin avec toutes ces réunions...

____Personne ne parle. On entendrait une mouche voler. Je décide de briser ce silence de mort qui règne dans la pièce.

-Sortez de ma chambre. Tout de suite.
Ils échangent des regards étonnés.
L'un d'entre-eux s'avance vers moi. Son baggui est tellement large que je me demande comment il peut bien s'y prendre pour réussir à marcher sans le perdre en route.

-Pas la peine d'être de mauvaise humeur, nous on n'y est pour rien... Moi, c'est...

-Tom.

Un grand sourire fend son visage.

-Eh ben tu vois que tu nous connais ! Tu disais le contraire juste pour embêter ton père...

-Non. De la bande, tu es le seul que je connaisse.

-Et je peux savoir pourquoi ? Depuis quand est-ce que les groupies sélectionnent celui avec qui elles veulent coucher ? D'habitude, elles connaissent tout le groupe, et ne font pas de préférence entre les membres...

-Tu parles de moi, là ? Nan, parce que si tu as l'impression que tu me fais le moindre effet, tu te trompes... Si je te connais, c'est pour une seule et unique raison.

Il hausse les sourcils.

-Laquelle ?

-Toutes les filles riches et sans cervelle qui peuvent t'approcher parce qu'elles ont de l'argent... Tu sais, celles que tu sautes... Il se trouve que je les fréquente, quand je vais à des soirées ou à des fêtes. Ces filles sont vraiment nombreuses... Et elle n'ont qu'un seul mot à la bouche : Tom...

Il éclate de rire.

-Tu sais, à la base ça n'était pas censé être drôle.

-Mais je ris quand même. Parce que je sais très bien que ce qui te fait parler comme ça, ce n'est rien d'autre que la jalousie. Je saute quand je veux, et surtout qui je veux...

-Et tu crois être le seul ?

Il me fait un clin d'½il.

-Tu ne m'as pas laissé finir. Je saute qui je veux... Y compris toi.
Je prends mon oreiller et le lui lance dessus.

-Rêves ! C'est la première fois que je te vois, et déjà tu me dégoûtes...
Tom embrasse sa main puis souffle dans ma direction, comme pour m'envoyer son baiser.

-Tôt ou tard, tu finiras dans mon lit.
Il me gratifie d'un grand sourire, puis sort de ma chambre, suivi par deux des autres garçons.

____.
Il n'en reste plus qu'un, celui qui m'a adressé la parole tout à l'heure. Bill, il me semble. Il me dévisage gravement, les traits de son visage obscurcis par le maquillage noir qu'il a aux yeux. Est-ce que je me trompe, ou il attend que je dise quelque chose ?

-Vas rejoindre les autres. Je veux rester seule.
Il hausse les épaules, et continue de m'évaluer du regard.

-C'est pas très sympa ce que tu as dit à mon frère. Tu sais, quand tu lui a expliqué pourquoi tu le connaissais...

-Je ne vois pas pourquoi je devrais être sympa avec lui. Il n'est rien pour moi et réciproquement. Et puis il n'y a que la vérité qui blesse, comme on dit.

-Tu as de la chance qu'il ne soit pas susceptible sur ce sujet là. Au fait, moi c'est Bill, et les deux autres qui viennent de partir sont Georg et Gustav. Puisque apparemment tu ne lis pas la presse people, et tu n'allumes jamais la télé.

Il prononce ces dernier mots d'un air narquois, mais ça ne m'atteint pas la moindre du monde. Qu'il se moque. Je n'en ai rien à faire. S'il savait que je passe mon temps à cacher aux autres le fait que mon père soit le manager des Tokio Hotel... Il comprendrait à quel point je me fiche de connaître leur identité, à lui et ses acolytes.
Bill sort de sa poche un paquet de cigarettes, et me le tend.

-Je fume pas.
Il désigne du menton les mégots au pied de mon lit.

-C'est pas à moi.
Il hausse les épaules, et se fourre une cigarette dans la bouche.

-Tu SORS d'ici si tu veux fumer !
Il tire une bouffée, et me la recrache dans la figure. J'ai l'impression de m'imprégner de sa fumée, et je ne peux retenir un frisson de dégoût.

-T'es vraiment déguelasse...

-Et toi, alors ? T'as pas vu comment tu te comportes depuis tout à l'heure ?

-Moi... Je suis juste moi-même.

Je m'affale sur mon lit, et prends mon ordinateur portable sur mes genoux. Lui continue de fumer tranquillement.

« Obéir. L'un des mots que je déteste le plus, que je ne peux pas entendre. Cela revient à se rendre, à baisser la tête et se laisser dominer... »

-Pourquoi t 'as laissé croire à David que tu fumais ?
Je lève les yeux de mon écran.

-Et pourquoi le père Noël n'existe pas ?
Il pousse un soupir, et prend place près de moi. Je m'écarte le plus possible. Aucun contact avec l'ennemi.
« Alors c'est à ça que se résume ma vie ? Obéir à mon père ? Non. Ca n'a jamais été comme ça, et je ferai en sorte que ça ne le devienne pas. Ce sera toujours lui qui courbera l'échine, et pas le contraire

-Tu écris bien tu sais. Parfois il y a des vérités. Mais dommage qu'au milieu de toutes ces vérités je remarque autant de conneries.
Sa voix au creux de mon oreille me fait sursauter. Je le repousse brutalement.

-De quoi tu te mêles ?
Il hausse les épaules.

-Je donnais simplement mon avis.

-Tu sais quoi ? Peut être que j'écris beaucoup de conneries...

-Énormément.

-... Mais moi au moins je n'ai besoin de l'aide de personne pour les écrire. Pas comme certains...

Il serre les poings, et j'entrevois pendant un instant une leur de rage dans ses yeux chocolat. Mais il ravale rapidement sa colère, et ses lèvres s'étirent en un sourire forcé.

-Tu marques un point.
Il se lève, s'étire, et son T-shirt se soulève, laissant apparaître un tatouage en forme d'étoile sur sa hanche droite. Je lève rapidement les yeux vers son visage, de peur qu'il ne surprenne mon regard sur son corps.

-Au fait, peut être que j'ai besoin d'aide pour écrire, mais moi au moins je ne suis pas odieux avec les gens avant même de les connaître, et sans aucune raison valable.
Il me gratifie à nouveau d'un sourire, fier cette fois, à la limite de l'arrogance, puis sort de ma chambre.

« A quoi beau essayer d'apprendre à connaître les gens ? Tout le monde est pareil, tout le monde ne cherche qu'à servir ses propres intérêts. Jamais personne ne devient ami avec quelqu'un d'autre sans avoir un but par derrière. Je fais peut être figure de méchante en disant cela, mais au fond, les gentils ne sont rien d'autre que des méchants qui se voilent la face, et se cachent derrière un masque de soit disant sympathie. Et des masques, j'en ai déjà assez. Pas la peine d'en rajouter un autre... »

____.Les grondements de mon estomac, et surtout la cloche que fait sonner William depuis la cuisine, m'informent que l'heure du repas a sonné.
J'éteins mon ordinateur portable, ma chaîne hi-fi, et ma télévision. Ma chambre devient tout à coup silencieuse. Je n'ai par contre aucune lumière à éteindre. Dehors, il fait déjà nuit. J'aime écrire dans la pénombre. Mais jamais dans le noir complet.
Je descends les escaliers avec hâte, et marche rapidement jusqu'à la salle à manger, mais des voix me freinent dans mon élan. Merde. Je les avais complètement oubliés, ceux-là. Je vais donc devoir les supporter pendant le repas ?
Ils s'interrompent dans leur conversation lorsqu'ils me voient pénétrer dans la pièce.
Je m'attable avec eux.

-Bill n'est pas là ?
Tom déchire un morceau de sa tranche de pain, fait une boule avec, puis la fourre dans sa bouche.

-Il arrive, il était sous la douche.
Georg sert de l'eau à tout le monde, y compris dans le verre de Bill.

-Au fait, tu t'appelles comment ?
Je le dévisage un instant.

-Mon père ne vous l'a jamais dit ?

-Ben... Non. Il faut dire qu'on ne lui a jamais posé la question. Et quand il parle de toi, il dit « ma fille ».

-Tiens, il parle de moi ?

-Oui. Mais tu n'as pas répondu à ma...

Bill fait son entrée dans la pièce, complètement démaquillé, vêtu d'un simple jean et d'un T-shirt basique. Ses longs cheveux mouillés pendent dans son dos. Exit le look gothique.
Il prend place avec nous, puis grommelle :

-Le repas n'est pas encore servi ? J'ai faim ! Il attend quoi, ton cuisinier ?
Il m'agace. Vraiment. Je ne supporte pas que quelqu'un d'autre que moi puisse critiquer mon personnel.
Je prends une voix doucereuse.

-Madame la diva va devoir patienter quelque peu. Si le service n'est pas à son goût, elle peut tout aussi bien aller manger dehors...

-Ta gueule.

Je m'apprête à répliquer, mais d'un geste de la main, Gustav coupe cours à la discussion.

-Tu ne nous a toujours pas dit comment tu t'appelais.



Point de vue de Bill.

____.Elle rejette dans son dos ses longs cheveux lisses, d'un blond presque blanc, mais à peine a-t-elle tourné la tête qu'ils reviennent masquer une partie de son visage. Ses grands yeux verts et sa bouche à la moue boudeuse lui donnent l'air naïf d'une jeune enfant.
Georg et Tom s'impatientent.

-Alors ? Ton prénom ?
Elle prend un malin plaisir à faire durer le suspense.

-J'ai une tête à m'appeler comment ?
Gustav fait mine de réfléchir.

-Je sais pas. Mais peu importe. Allez, dis !
Un sourire malicieux éclaire son visage. C'est la première fois que je la vois sourire ainsi, de façon aussi naturelle, comme si enfin elle se lâchait.
Un homme habillé d'un costume et d'un tablier blanc entre dans la salle à manger en faisant rouler devant lui un chariot pour transporter de nombreux plats qu'il pose un à un sur la table, avant de nous souhaiter bon appétit et de retourner en cuisine.
Tom, la bouche emplie de pomme de terre, avale avec difficulté.

-Bon, allez ! Accouche !

-Laisse tomber, Tom. Elle a décidé d'emmerder le monde...

-Tais toi, Bill. J'allais y répondre, à votre foutue question... Un peu de patience.

Elle passe la main dans son indomptable tignasse blonde.

-Je m'appelle Rose.

-Comme la fleur ?
Je comprends son air blasé. Il est certain qu'on lui pose cette question à chaque fois qu'elle se présente, et je sais que ça devient lassant. Et je parle en connaissance de cause. Ras le bol d'entendre « Bill ? Comme dans la B.D Boule et Bill ? ». Vexant, à force, d'être comparé à un cocker idiot.

-Ouais. Comme la fleur.
Mon frère pointe sa fourchette vers elle.

-Et tu fais quoi de ta vie ? C'est quoi tes passions ? Comment tu occupes tes journées ? Parles-nous de toi, qu'on puisse connaître ne serait-ce qu'un peu celle qui va désormais partager le palpitant quotidien des Tokio Hotel...
Elle hausse les épaules.

-Je ne vois pas vraiment ce que je peux dire. J'occupe mes journées en dormant, en écrivant, en écoutant de la musique, enfin je m'occupe quoi.
Tom enlève l'élastique de ses dreads qu'il avait attachées pour manger, puis adresse un sourire pervers à Rose.

-Et comment occupes-tu tes nuits ?

-Je vais à des fêtes, à des soirées, en boîte. Je m'amuse, je bois, je fais des rencontres, et je leur propose de me raccompagner chez moi.

Elle tire la langue à mon frère.

-Je censure le reste de la nuit, de peur de choquer ton esprit impressionnable.
Gustav et Georg éclatent de rire, moi pas. Elle m'énerve, avec son ton toujours supérieur. C'est comme si elle avait un aperçu de la vie différent du nôtre. Je déteste cet espèce de petit accent hautain décelable dans sa manière de formuler ses phrases, de sourire, de faire des sous-entendus. J'ai l'intime conviction que tout cela est faux. Une apparence, rien de plus. Ce qui me permet de dire ça ? Son texte, que j'ai entendu hier soir. L'expression supérieure de Rose n'est autre, j'en suis presque sûr, que l'un des masques dont elle parlait dans ses écrits. A moins que justement ça soit la facette d'elle même qu'elle laisse à découvert ? Je m'y perds.
Tom réplique du tac au tac.

-C'est la fille qui bientôt me suppliera de la prendre dans mon lit qui ose me dire que je suis facilement impressionnable ?
Elle hoche vigoureusement la tête de droite à gauche en signe de négation.

-Non, Tom. Non. Tu te trompes sur un énorme détail.

-Heuu... Lequel ?

-Je ne vais pas finir dans ton lit. C'est toi qui bientôt, finira dans le mien.






Et hop'
Deuxième suite postée. =)
Vos impressions ?
Critiques ?
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Bisous (K)
M*

# Posté le jeudi 29 janvier 2009 13:57

Modifié le jeudi 12 mars 2009 13:31

" L'art de vivre est un Art de navigation difficile entre Raison et Passion, Sagesse et Folie, Prose et Poésie. Avec toujours le risque de se pétrifier dans la Raison ou de chavirer dans la Folie. " Edgar Morin.

" L'art de vivre est un Art de navigation difficile entre Raison et Passion, Sagesse et Folie, Prose et Poésie. Avec toujours le risque de se pétrifier dans la Raison ou de chavirer dans la Folie. " Edgar Morin.
Point de vue de Rose.
___.Mes talons aiguilles claquent dans les escaliers, résonnent dans le hall d'entrée. Attiré par le bruit, Tom sort de la salle-télévision, et m'intercepte au bas des marches. Il est bientôt rejoint par Bill, qui contrairement à son frère, ne garde pas les yeux rivés sur mes jambes et tous les points stratégiques de ma silhouette, mais me fixe droit dans les yeux.

-Tu comptais aller où ?


-Je sors.
Bill ricane.

-Ah ouais ? Où ça ? Tu vas faire les trottoirs, vu comme t'es habillée...
Je baisse les yeux sur ma courte robe dorée au décolleté plongeant, et croise les bras.

-Je me fringue comme je veux.

-C'est moche.
Bam. Prends-toi ça dans la gueule. Je dois me maîtriser pour ne pas lui mettre une claque. Je tente de garder contenance.

-Apparemment pas tant que ça. Hein, Tom ?
Tom semble se secouer mentalement et faire un effort surhumain pour réussir détourner les yeux de mes jambes. Je ne prends pas mal les regards insistants qu'il pose sur moi, bien au contraire. Cela ne fait que renforcer mes certitudes sur le fait qu'aucun homme ne peut me résister. Je pose la main sur son épaule et lui lance un clin d'½il aguicheur.

-Je suis plutôt d'accord avec toi, cette robe te va...à merveille...
Bill s'interpose et enlève ma main de l'épaule de son frère.

-Hé, vous deux, je vous rappelle qu'on est censé cohabiter pour une durée non-déterminée. Tom, je te connais, si vous couchez ensemble dès ce soir, dans deux jours tu ne pourras plus la voir en peinture. Alors un peu de retenue.

Tom, l'air embarrassé, marmonne :
-T'as pas tort... Mais ça, ajoute-t-il en donnant une tape derrière la tête de son frère, c'est parce que tu viens de me priver de l'occasion de passer une nuit d'enfer. Bill lui prend sa casquette et l'empêche de la récupérer. Les deux frères se chatouillent et finissent par se battre à même le sol. Leurs nombreux éclats de rire retentissent dans le hall d'entrée. Je les observe un instant avec consternation, puis me retourne lentement et marche discrètement jusqu'à la porte.

-Hé ! Crois pas qu'on t'a pas vue !
Je pousse un soupir.

-Putain...
Ils se relèvent, les joues rouges, encore essoufflés de s'être battus.

-Tu restes ici ce soir.


-Non.
Tom hausse les épaules.

-Bon, moi je vous laisse, je retourne à la télé...
Bill le fusille du regard jusqu'à ce qu'il soit hors de vue.

-De toutes façons ton père a dit que tu devais obéir.
J'éclate de rire.


-Oui, bien sûr, je vais t'obéir ! On a le même âge, tu crois vraiment que je vais faire ce que tu me dis ? !

-On n'a pas le même âge.

-J'ai dix sept ans.

-Et moi dix-neuf.

-C'est bien ce que je dis. On a le même âge. Donc tchao bella, je sors ce soir !

Il pousse un soupir.

-Je viens avec toi alors.
Je le dévisage un instant.

-Attends, j'ai bien entendu ? T'es en train de me dire que tu m'accompagnes ?

-Ouais, malheureusement. Bien obligé.


-Et je peux savoir pourquoi ?
Bill lève les yeux au ciel.

-Vu comme t'es fringuée, c'est un coup à te faire violer.

-Pfff... N'importe quoi ! Je sors comme ça tous les soirs, et il ne m'est jamais rien arrivé.

-Ouais bah tu peux pas contrôler les pensées des mecs quand ils te voient habillée comme ça. T'as bien vu la réaction de Tom...

J'éclate de rire.

-Alors là, soit t'es en train d'admettre que ma robe me va bien et que tu as les mêmes pensées que tout mec qui se respecte, ou soit je ne te fais aucun effet, et dans ce cas tu es homosexuel.
Bill semble décontenancé, et fronce les sourcils.

-Ce n'est pas la question.

-Je n'ai pas besoin de baby-sitter !

-De toutes façons j'ai décidé que je venais.
Il me gratifie d'un sourire vindicatif qui contraste avec la froideur de son regard chocolat, et il est déjà monté se préparer lorsque je grommelle :

-Non mais je rêve... Pour qui il se prend celui-là ?

___J'adresse un signe de tête au videur, qui me laisse entrer sans me demander ma carte d'identité. Il me connaît. En principe, dans cette ville, tous les videurs de toutes les boîtes qui comportent une section VIP sont censés me connaître.

-Il est avec toi ?
Je jette un coup d'½il à Bill et songe au coup foireux que je pourrais lui faire en disant que je ne le connais pas et qu'il vaudrait mieux ne pas le laisser entrer, mais je m'en abstiens au dernier moment.

-Ouais. On peut dire ça, ouais.
Bill s'engage directement sur la piste de danse, tandis que j'avance jusqu'à ce que je considère comme le point de départ de toute bonne soirée qui se respecte : le bar.

-Une vodka.

Le barman pose un verre devant moi et le remplit. Je le remercie avec un sourire qui ne le laisse pas indifférent. Il a une oreille percée. J'aime bien. Mais ce que j'aime surtout, c'est m'amuser. Lui laisser croire qu'il a une chance de terminer la nuit avec moi, alors que jamais de la vie je ne passerai la nuit avec quelqu'un qui exerce la profession de barman. Nous ne sommes pas du même rang.
Je commande une deuxième vodka, puis reporte mon attention sur la piste de danse, ou je cherche du regard une possible compagnie pour occuper ma soirée. Personne à l'horizon pour l'instant.
Bill danse de tout son saoul. C'est hallucinant, je n'ai jamais vu quelqu'un se laisser complètement aller comme ça, et ce sans la moindre goutte d'alcool. Autour de lui, aucune femme ne reste indifférente, ce qui est assez compréhensible. Il faudrait vraiment que je sois asexuée pour ne pas le trouver horriblement attirant, dans son slim blanc, son T-shirt moulant noir, ses longs cheveux méchés de blanc légèrement décoiffés, à danser comme si sa vie en dépendait. S'il n'avait pas été le Bill moralisateur qui m'énerve tant, qui se croit apte à me donner des ordres, et que j'ai envie de frapper à chaque fois qu'il parle ou presque, je l'aurais volontiers mis dans mon lit.
Il surprend mon regard sur lui et m'adresse un grand sourire. Lorsque la chanson se termine, il vient me rejoindre, au plus grand désarroi des filles qui semblaient apprécier de danser tout contre lui.
Il tire sur un tabouret et prend place près de moi.

-Un whisky coca.
Il boit la moitié de son verre d'une traite.

-Alors, c'est ça pour toi faire la fête ? Je pensais que tu allais en boîte pour danser...

-Tu dégoulines de sueur.
Et ça m'attire horriblement. Mais tu n'as pas besoin de le savoir.

-Oh, et j'imagine que tu trouves ça repoussant ?

-Tout à fait.
Je décèle une lueur d'ironie dans ses yeux.

-C'est pas ce que tu avais l'air de penser quand tu me matais pendant que je dansais...
Je baisse les yeux et les relève immédiatement, essayant de masquer ma gêne.

-Je ne te matais pas.

-Je pourrais te croire, si seulement...

-Si seulement quoi ?

-Si seulement tu n'avais pas autant rougis. Tu es toute rose !

-Pfff. Je ne te matais pas, et je ne suis pas rose. Point barre.

-Oui, bien sûr... Pink.

-Pink ?

-Il fallait que je te trouve un surnom qui s'accorde à la couleur de tes joues, et c'est tout ce que j'ai trouvé. En tous cas tu portes bien ton prénom. Et ton nouveau surnom aussi, d'ailleurs.

-Trop aimable.

Provocateur, il passe sa langue piercée sur ses lèvres. Je me contente de terminer mon septième verre de la soirée, totalement indifférente.

-Au fait, répond à ma question de tout à l'heure.

-Laquelle ?


-Est-ce que tu trouves que ma robe me va bien et tu es un mec normal, ou est-ce que tu es homosexuel et je ne te fais aucun effet ?

Il réfléchit un instant.

-Ta robe te vas bien, c'est une certitude, mais...

-Mais ?

-Mais elle est moche. Fringuée comme ça, tu ressembles à une pute de bas étage.

J'éclate d'un rire rauque.

-C'est peut-être ce que je suis... Qui sais ?

-En tous cas, j'ai beau être un mec, voir une femme dans ce genre de tenue ne me fait ni chaud ni froid.

Je me lève et chancelle légèrement sur mes talons, déséquilibrée par l'alcool.
Deux mains se posent sur mes hanches, une bouche dans mon cou.
Je me retourne et me retrouve face à un homme d'un blond roux, aux épaules carrées, et dont les traits du visage sont finement dessinés.

-Tiens, salut Harold ! Comment ça va depuis ce matin ?

-Harold ?

-Ben... Je ne sais pas comment tu t'appelles alors j'improvise...

Il sourit gentiment.

-Tu n'as qu'à me le demander.

-Non, ça enlèverait du piment à... Nos activités.

Je le prends par la main et l'entraîne sur la piste de danse, où je commence à me déhancher au rythme de la musique, rejetant mes cheveux en arrière, obligeant les gens autour de moi à s'écarter pour ne pas se prendre des coups.
Harold tente de m'embrasser mais je le repousse distraitement.
Je jette un regard à Bill. Il m'observe, ne détache pas les yeux de moi. Comme grand nombre d'hommes autour de moi, d'ailleurs. Satisfaite, je danse avec plus d'entrain encore.



Point de vue de Bill.

___.-Georg ! Bill ! Tom ! Réveillez-vous, les gars, David est en train de péter un câble !
Gustav appuie sur l'interrupteur, et j'enfouis ma tête sous la couette pour ne pas être ébloui par la lumière. J'entends mon ami et mon frère faire de même dans les lits situés à côté et face au mien.
Gustav pousse un soupir amusé.

-On dirait des larves. Vous n'en avez pas marre de dormir ? Il est quand même dix heures...
Tom se redresse d'un bond.

-Bon, quand il faut y aller, faut y aller. Debout.

David passe la tête dans la chambre.

-J'approuve ce genre de comportement, Tom. Dommage que tu ne sois pas comme ça tout le temps...
Il avance droit vers moi, et tire brusquement sur ma couette.

-Allez, Bill ! Lèves toi, bon sang ! Et toi aussi Georg !
Je m'assieds sur le bord de mon lit, et me frotte les yeux.

-Debout ! Plus vite que ça !

-Je me lève, là ! Fous-moi la paix, bordel !

-Non, je te fous pas la paix, Bill Kaulitz ! Le départ est fixé pour midi, et pas question que tu trouves le moyen de mettre tout le monde en retard comme tu le fais d'habitude !

Je le fusille du regard, et suis Georg et Tom jusqu'à la salle à manger où un petit déjeuner digne d'un banquet nous attend.
Nous mangeons en silence, encore abrutis par le sommeil.

-DEHORS ! SORS DE CHEZ MOI ! ET TOI, TU TE LEVES IMMEDIATEMENT, TU M'ENTENDS ? IMMÉDIATEMENT !
Je sursaute et laisse tomber mon petit pain dans mon café. Tom et Georg ont fait un bond, eux aussi.

-La dernière fois que j'ai entendu David crier comme ça, ça remonte à la fois où j'avais fait visiter notre chambre d'hôtel à une groupie...
Georg ricane et donne une tape sur l'épaule de mon frère.

-Une groupie ? Tu rigoles ! Elles étaient au moins quinze, et on a dû appeler David en désespoir de cause parce qu'on n'arrivait plus à les faire sortir !
Nous éclatons de rire.
Rose fait son entrée dans la pièce, ses longs cheveux blonds emmêlés, vêtue d'un shorty et d'un débardeur blancs. Un sourire malicieux éclaire son visage.
Elle nous adresse un signe de tête en guise de bonjour, puis prend place à table.

-Pas trop dur le réveil avec ton père ?

-Non, pourquoi ?

Mon frère lui lance un regard étonné.

-Ben, vu comme il a crié...
Elle rit doucement. La délicate teinte rosée de ses joues et la pâleur de son teint accentuent son air encore endormi. Elle paraît entièrement innocente.

-C'est plutôt Harold qui est à plaindre.

-Harold ?

-Celui avec qui j'ai passé la nuit. Ce n'est pas son vrai prénom, en fait je ne sais pas comment il s'appelle. Bref. Il a failli avoir une attaque quand mon père lui a crié dessus.

Nous pouffons de rire.

-Ton père aussi est à plaindre, dit Georg. T'imagines, il vient dans l'intention de te réveiller doucement, comme tout père normalement constitué veut le faire avec son enfant, et il te retrouve dans les bras d'un homme qu'il n'a jamais vu... et par surcroît complètement nu.
Rose semble satisfaite d'elle-même.

-Tant mieux si ça l'a choqué. Je ne suis plus son enfant. Ce qui m'énerve chez David, c'est qu'il n'est là qu'une fois par an, et qu'à chaque fois il trouve le moyen de me faire des reproches. Il ne supporte pas qu'il puisse se passer des choses quand il n'est pas là, il n'arrive pas à comprendre que je continue à vivre pendant son absence...
Elle semble se renfrogner. Une drôle d'expression vient assombrir son visage.

-C'est mon père, pourtant il ne me connaît pas. Mais si en me forçant à rester avec vous il espère me voir un peu plus et apprendre à me connaître, il va être servi.
Et, comme pour conclure ce qu'elle vient de dire, elle casse un morceau de chocolat et le met tout entier dans sa bouche.


___J'observe la route défiler par la fenêtre teintée de la limousine. Assise entre Tom et Gustav, Rose referme son livre dans un claquement sec.

-Bon, alors ? Des infos ! J'ai cru comprendre qu'on allait devoir passer un bout de temps ensemble...
J'échange avec Georg un regard décontenancé.

-Quoi, des infos ?
Elle lève au ciel ses yeux vert foncé.

-Ben, présentez-vous ! C'est quoi, au juste, les Tokio Machin ?

-Hum... On dit Tokio Hotel.

-C'est pareil. Alors ?

Gustav pousse un soupir.

-Qu'est-ce que tu veux qu'on te dise ? Tokio Hotel, c'est notre groupe de rock.
Ses lèvres s'étirent en une moue ironique.

-Vous faîtes du rock... Vous ?
Sans me soucier de sa remarque, je poursuis ce que Gustav viens de dire.

-Le rock, c'est notre musique. La musique, c'est notre vie.
Exaspérée, elle plie ses jambes, les ramène contre elle, et pose sa tête sur ses genoux.

-Ça, c'est ce que vous dites aux journalistes. Moi je veux savoir ce que vous êtes vraiment sous le masque. Est-ce que vous êtes des connards finis qui ne pensent qu'à l'argent ? Est-ce que vous vous en foutez ? Qu'est-ce qui vous motive ?
Il y a deux ans, j'aurais répondu directement à cette question, sans la moindre hésitation. Ce qui nous motive ? La musique, tout simplement. Nos fans. Notre passion pour la scène. Mais tout a changé désormais. Bien sûr, nous prenons toujours autant de plaisir à nous produire sur scène. Mais il y a cette petite étincelle indescriptible, celle qui rend chaque concert unique, qui s'est absentée depuis quelques temps déjà. David dit que nous avons changé, que nous sommes devenus superficiels. Il est persuadé qu'en nous faisant retrouver notre ancien public, tout redeviendra comme avant. Oui mais... Ce n'est pas aussi simple de regagner le c½ur d'un public lassé. Et c'est en ça que réside en partie notre problème.
-Il n'y a rien qui nous motive réellement. On aime se produire sur scène, on aime l'ambiance. Et on n'est pas des connards finis. Enfin, je pense pas.
Tom joue avec son piercing au labret.

-Et puis si on en est, honnêtement, ça ne regarde que nous. Les gens n'ont qu'à nous accepter tels que nous sommes, on n'a pas l'intention de changer pour leurs beaux yeux.
Rose baille.

-Mmmh... En tous cas, s'il y a bien quelque chose que je peux comprendre, c'est que vous provoquiez des émeutes de groupies en chaleur.
Elle m'adresse un sourire empli de sous-entendus.

-J'ai eu l'occasion de voir Bill danser hier soir... Il n'y avait pas une fille dans la boîte qui ne le regardait pas.

-Tu étais dans le lot, petite Pink.

-Est-ce que j'ai dit le contraire ? Mais toi aussi tu m'observais...

Comment ça, je l'observais ? Bon, d'accord, j'ai du la regarder un peu, mais pas tant que ça... Ce n'est pas comme si j'avais passé la soirée entière à l'observer danser avec celui qu'elle appelle Harold, aguicher les hommes autour d'elle, boire toujours plus, s'absenter pour vomir aux toilettes, puis boire à nouveau...

-Je ne t'observais pas !

-Menteur !

-Je faisais juste gaffe à ce que tu ne te fasses pas violer... Tu ne te rends pas compte des regards et des pensées que peuvent avoir les hommes sur toi.

-Je te rappelle, Bill, que tu es un homme. Et n'essaie pas de me faire croire que lorsque j'ai dansé, tu n'as pas apprécié le spectacle. Je te rirais au nez.

Je ne cherche pas à la contredire. A quoi beau ? Elle est plus têtue qu'une mule, de toutes façons. Et apparemment persuadée que personne ne peut lui résister. Elle n'a peut être pas tout à fait tort.
Rose pose la tête sur l'épaule de mon frère, et ferme les yeux.

-Bon, maintenant, si vous le voulez bien, je vais dormir. La nuit a été courte.
Tom lui caresse la joue.

-Et si on ne veut pas ?
Pour toute réponse, elle se serre contre le bras de mon frère, les paupières closes, déjà presque endormie.



Point de vue de Rose.

.-Tu ne te rends pas compte de ta chance.
Je tourne résolument le dos à mon père, et reste face à la fenêtre. J'observe les nombreuses filles venues camper devant l'hôtel. Ce qu'elles peuvent être bêtes. Et ce qu'elles peuvent avoir l'air idiotes, avec leurs visages tout peinturlurés de rouge et de noir, leurs panneaux « Tom, fick mich ! », et les véritables mugissements qu'elles poussent sans arrêt.

-Comment ça, je ne connais pas ma chance ?

-Ces filles que tu observes donneraient tout ce qu'elles possèdent pour rencontrer les Tokio Hotel. Toi, en revanche...

Je me retourne brusquement vers lui.

-Quoi, moi ? Tu voudrais peut être que je te remercie de me forcer à aider un espèce d'androgyne gothique au comportement de diva à écrire ses chansons ?

-Bill a besoin d'un peu de ton aide. Tu as juste à lui donner le fil conducteur, il fera le reste... Et puis si tu apprenais à connaître les garçons, ce serait l'occasion pour toi de t'en faire des amis...

-Mais David, tu ne comprends pas que je n'en ai rien à faire ? Je me fiche de les avoir pour amis ! Pour moi, ce sont juste quatre garçons avec qui je vais devoir partager ma vie ! Je ne vois aucun intérêt à devenir amie avec eux... A part peut-être celui de les mettre dans mon lit chacun leur tour, mais...

Agacé, mon père me coupe la parole d'un geste de la main.

-Et cesses de parler sans arrêt comme ça ! Tu ne vois pas que tu te comportes comme une... comme une...

-Vas-y, exprime le fond de ta pensée...


-Ça n'a pas d'importance.


-Comme une pute ! Voilà, ce que tu allais dire ! Mais si j'aime me comporter comme ça, où est le problème ? Depuis toujours tu me laisses me débrouiller toute seule, depuis toujours je te vois tellement peu que j'ai parfois du mal à me rappeler les traits de ton visage et le son de ta voix ! Depuis toujours, je suis habituée à être libre, sans parents ! Et tu crois que tu peux débarquer comme ça à l'improviste & modifier ma vie comme tu l'entends !

-Je ne viens pas modifier ta vie, je viens la reprendre en main.

-Je ne te laisserai pas faire.

David pousse un soupir.

-Tu n'as pas le choix, ma chérie.

-Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça.

-Je ne te force pas à devenir amie avec les garçons. Mais quitte à passer tes journées avec eux, essaye de ne pas t'en faire des ennemis, c'est préférable il me semble. Quatre amis valent mieux que quatre ennemis, songes-y. Surtout avec l'incroyable caractère des jumeaux... Si tu devais les avoir toujours sur le dos, tu ne t'en sortirais pas.


-Laisse-moi.

-Bon. Je t'aurais prévenue.

Il reste un instant immobile à m'observer, soucieux. Je m'interroge mentalement sur la façon dont je pourrais lui prouver que bien que je sois obligée d'obéir, je reste maîtresse de la situation.

-David ?

-Oui ?

-Tu as le numéro de maman ? Il faut que je lui donne des nouvelles de moi. Peut être que si j'emménageais chez elle, j'aurais moins d'obligations, plus de liberté...

L'expression soucieuse de mon père se transforme en intense tristesse. Juste avant de sortir de la pièce, il me dit, à voix tellement basse que je dois tendre l'oreille pour l'entendre :

-Tu me déçois beaucoup, Rose...

-Ça tombe bien. Il ne faut pas casser les habitudes, hein ?


___.Confortablement installée dans le canapé, mon ordinateur portable sur mes genoux, j'écris tout ce qui me passe par la tête, je compare la beauté des phrases, de leur prononciation, de leurs mots, de leur signification. Je m'enivre des lettres, il m'en faut toujours plus, je ne peux en détacher les yeux.

-Que faîtes vous dans la loge des Tokio Hotel ?
Agacée, je lève les yeux vers la femme qui vient de me sortir de l'état d'ivresse dans lequel me plonge l'écriture. Âgée d'une cinquantaine d'années, elle porte dans ses bras de nombreux dossiers.

-J'écris. Ça ne se voit pas ?

-Vous n'avez rien a faire ici. Je peux savoir qui vous êtes ?

-Je m'appelle Rose.

-Sortez tout de suite d'ici et...

Je ne lui laisse pas le temps de terminer sa phrase.

-... Et retournez en compagnie de toutes les folles qui pleurent en ce moment même parce qu'elle n'ont pas pu entrer dans la salle de concert ? Désolée, je n'en fais pas partie. Je ne suis pas une groupie.

-Je me fiche complètement de ce que vous êtes.

-Ah. Tant mieux. Vous voulez bien me laisser, maintenant ?

-Sortez, ou j'appelle la sécurité.

-Avez-vous la moindre idée de qui je suis ?

-Vous me l'avez déjà dit, vous vous appelez Rose. Mais peu importe. Allez, dehors ! Si Mr Kaulitz apprend que quelqu'un s'est introduit dans sa loge, je n'ose imaginer comment il va réagir...

J'éclate de rire.

-Vous parlez de Bill, ou de Tom ? Bill, j'imagine... Il ne m'impressionne pas.
Je reporte mon attention sur l'écran de mon ordinateur, mais son regard reste fixé sur moi et m'empêche de me concentrer. A nouveau, elle prend la parole.

-Mais allez vous enfin vous décider à sortir ?

-Non.

Elle m'empoigne le bras, et tente de me lever, mais je me débats, et retombe sur le canapé.

-Vous connaissez David Jost ?

-Bien sûr.

-Je suis sa fille.

Et tu n'imagines même pas à quel point j'en ai honte.
Elle m'observe pendant quelques secondes, suspicieuse, puis elle semble constater à quel point je ressemble à mon géniteur.
Elle porte une main devant sa bouche et rougit subitement.

-Vraiment ? Oh, je... Excusez-moi...
A la fois embarrassée et intimidée, elle se balance d'un pied sur l'autre.

-Je n'étais pas au courant... qu'il avait une fille... Je... Vous ne lui direz rien, n'est-ce pas ? A monsieur Jost, je veux dire... ?
Je laisse sa question en suspens, et ne lui réponds que par un vague sourire, mi-figue mi-raisin, histoire d'augmenter sa nervosité. Quelle idiote. Comme si je n'avais que ça à faire d'aller dénoncer à mon père une grotesque employée m'ayant confondue avec une groupie. Comme si j'allais me rabaisser à ça.

-Excusez-moi d'être indiscrète, mais pourquoi n'êtes vous pas en train d'assister au concert ?
Je hausse les épaules.

-Ça ne m'intéresse pas. De toutes façons, je ne connais pas la musique des Tokio Hotel, alors ce serait complètement idiot d'aller les voir en concert. Et puis je n'en ai pas envie, tout simplement.

-Ah... Heu... Vous voulez que je vous apporte quelque chose à boire ?

Je pousse un soupir. Ses tentatives pour se racheter son pitoyables.

-Je n'ai besoin de rien. Mis à part que vous la fermiez et que vous sortiez de cette pièce.

Elle ouvre de grand yeux paniqués, acquiesce précipitamment, m'adresse un signe de la main.

-Vraiment désolée de vous avoir importunée... Bon, je vous laisse alors.



Point de vue de Bill.

___.Je salue mon public avec un pincement au c½ur. Terminée, la tournée en Allemagne. Les cris des groupies, les acclamations des fans, devenus certes rares avec le temps, sans oublier cette atmosphère, cette impression de ne former qu'un avec la foule qui emplit la salle de concert...
Je ferme les yeux pour m'imprégner de cette ambiance, qui n'a rien à voir avec celle des premiers concerts que nous avons donnés, mais qui reste appréciable quand même.
Je me tourne vers mon frère et lui fait signe de rejouer une chanson, peut importe laquelle, l'important pour moi étant de continuer à chanter coûte que coûte, de ne pas rompre ce lien si particulier avec les fans.
Les cris redoublent d'intensité lorsque la mélodie de Wo sind eure Hände retentit dans toute la salle. Je me déhanche au rythme de la musique, je laisse bouger et vibrer mon corps selon les sons que j'entends.

« Heute sind wir hier, die Welt bleibt vor der Tür, was jetz zählt seid ihr, wo sind eure Hände !... »

Aujourd'hui nous sommes ici. Le monde est à notre porte. Mais ce qui compte, maintenant, c'est vous, où sont vos mains ?
Je m'approche trop près du public et manque de tomber lorsqu'une fille m'agrippe la cheville.
Je me recule rapidement, et continue de chanter, allant d'un côté à l'autre de la scène, sans jamais cesser de bouger.
Lorsque la chanson prend fin, je lève les mains et écarte les bras au maximum comme pour serrer mon public entier contre moi.
Georg et Tom provoquent l'hystérie des groupies qui se battent pour récupérer les médiators qu'ils viennent de jeter dans la fosse, sans avoir oublié au préalable de parier sur celle qui gagnerait selon eux.
Gustav provoque une ola générale.
Quant à moi, je me contente d'adresser des signes de la main, le plus possible. Je tente de regarder les visages de mon public un par un, pour leur montrer qu'ils comptent tous pour moi.
Mon sourire s'évanouit en même temps que nous sortons de scène.
J'échange un regard morose avec mon frère. La tournée en Allemagne vient de s'achever. Exit la joie, exit l'énervement fiévreux qui précédait tous nos concerts à nos débuts, exit cette excitation qui nous parcourait des pieds à la tête... Un seul et unique sentiment a tout remplacé.

Place à la lassitude.




Fiouh''
J'ai dû mettre plus de deux heures à faire la mise en page, avec Skyblog qui beuguait tout le temps, je devais à chaque fois tout recommencer -_-''
Bref' ^^
Votre opinion ? Vos critiques ?
J'attends =)
N'oubliez pas de passer et ,
Bisous (K)
M*.

# Posté le mardi 03 février 2009 15:29

Modifié le jeudi 12 mars 2009 13:32

"Le bonheur, c'est être heureux ; ce n'est pas de faire croire aux autres qu'on l'est." Jules Renard.

"Le bonheur, c'est être heureux ; ce n'est pas de faire croire aux autres qu'on l'est." Jules Renard.
Point de Vue de Bill.


.Silence. Installé dans mon lit, les yeux fermés ... Je patiente. Je laisse les pensées effleurer mon cerveau, guettant une idée à saisir, puis à étoffer pour en faire une chanson. Mais... Rien ne me vient. Je ne comprends pas. J'ai pourtant toujours procédé comme ça. Avant, je n'avais pas à réfléchir longtemps, retranscrire mes pensées en chansons était un automatisme. Que m'arrive-t-il ? Aurais-je tant changé ? Il ne me semble pas.
Du bout des doigts, j'effleure mon carnet posé près de moi. Mon carnet... J'y couche sur papier toutes les idées qui me passent par la tête. Depuis quand n'y ais-je pas écrit le moindre mot ? Bientôt un an.
Je me sens sombrer dans le sommeil, et ne tente même pas de lutter. A quoi bon ?
David a sûrement raison, je ne peux plus écrire seul, il me faut de l'aide... Quelqu'un qui arriverait à traduire me pensées, quelqu'un qui m'extirperait les idées du cerveau, quelqu'un ayant des opinions avoisinant aux miennes, et qui pourrait de ce fait écrire les paroles de mes chansons avec ma façon de voir les choses. Ce quelqu'un, je l'ai trouvé. Dommage que ce soit une gamine pourrie-gâtée, égoïste, débauchée... Dommage que ce soit Rose.
Je tente de me concentrer à nouveau pour saisir ne serait-ce que l'esquisse de l'ombre d'un morceau d'une parcelle d'idée, mais abandonne presque instantanément la partie. Dans ma tête, le fourmillement d'idées d'autrefois à laissé place au Vide pur et simple.

Game Over.

Tant pis... Il me faut continuer à l'attendre. J'espère juste qu'elle ne tardera pas trop à revenir...

L'Inspiration.





Point de vue de Tom.

___.Cette nuit, je suis seul. Personne ne partage mon lit. A qui la faute ? Bill, bien sûr. Il m'a très clairement fait comprendre que je n'avais pas intérêt à faire le moindre bruit... si je ne voulais pas qu'il s'énerve. Ce n'est pas que j'ai peur de lui. Non, loin de là. Un Bill en colère n'a jamais effrayé grand monde. Mais apparemment il avait l'air bien décidé à écrire, cette nuit, alors... Autant qu'il ne soit pas déconcentré par des voix venant de ma chambre.
Je me tourne dans mon lit, essayant de trouver une position confortable.
A mon avis, Bill écrira autant cette nuit que les nuits précédentes... C'est à dire rien. Pas la moindre ligne, pas le moindre mot. Pourquoi ne veut-il pas comprendre qu'il a changé ? Comment veut il parvenir à pondre le moindre texte, la moindre chanson, avec sa nouvelle personnalité ?
Les Tokio Hotel ne sont plus les mêmes, et mon frère n'a pas échappé à la règle. Où plutôt nous sommes les mêmes en profondeur, mais plus en surface. Gustav qui devient colérique, Bill que je reconnais à peine... En y réfléchissant, Georg et moi sommes les seuls n'ayant pas énormément changé.
Je déglutit.

Si.


Nous avons changé, nous aussi. Avant, il n'était pas dans nos habitudes de ramener chacun une groupie presque tous les soirs. Avant, nous respections les quelques filles avec qui nous passions parfois nos nuits. Nous les considérions comme nos égales. Maintenant... Elles ne sont plus que des jouets. De simples objets de plaisir.
Je me dégoûte moi même.
Non, je plaisante. J'assume totalement mes actes.

Quel mal y-a-t-il à profiter de la vie ?





Point de vue de Rose.

___.Je n'en reviens pas. Moi, vivre dans l'appartement des Tokio Hotel ? Moi, quitter Munich pour emménager à Berlin ? Moi, partager la vie de quatre misérables garçons dont la célébrité est en train de brûler les ailes ? J'hallucine.
Le pire, dans tout ça... je n'ai pas de chambre.

-Je ne vais quand même pas dormir dans ce canapé pourri ?
S'ils essaient de me faire croire que ce sera désormais mon lit, c'est raté.
Bill croise les bras, lève les yeux au ciel.

-Tu penses peut être que l'un d'entre nous va se sacrifier pour toi et te laisser son lit ? Tu rêves.

-Venant de toi, ça ne m'étonne pas. Espèce de sale diva égoïste.
Il avance d'un pas vers moi, agressif. Je ne recule pas pour autant, et retient son regard couleur chocolat, dénué de toute trace de sympathie.

-C'est toi qui ose me traiter d'égoïste ? Non mais tu t'es regardée ?

Gustav s'interpose avant que j'aie le temps de répliquer.

-Si tu veux, j'ai un sac de couchage. Tu pourrais dormir dedans, si tu préfères.
Je pousse un soupir exaspéré.

-J'ai une tête à dormir là-dedans ? Non. Alors, ton sac de couchage, tu peux te le mettre...
Avant même que j'ai le temps de terminer la phrase, il tend les bras et me pousse brusquement. Je me cogne les jambes contre la table basse, et manque de perdre l'équilibre
.
-Tu me parles autrement, je suis pas ton chien !

-Et toi si tu me pousses encore une fois comme ça je...
Je quoi ? Bonne question. Je me vois mal frapper Gustav. Non que ça me déplairait, mais... il n'a beau avoir que quelques centimètres de plus que moi, quelque chose me dit qu'il ne vaut mieux pas que j'essaie de me mesurer à lui si je tiens à rester entière.

-Tu quoi ? Tu vas me griffer avec tes ongles parfaitement manucurés, peut être ? Gott. J'ai peur.
Les imbéciles qui vont me servir de colocataires échangent des regards ironiques, moqueurs. Ils se liguent à quatre contre une. Pauvre de moi. Je sens mes joues s'enflammer, une sensation qui m'est plutôt rare. Je ne suis pas habituée à perdre face.
Je serre les poings, et me force à fixer Gustav droit dans les yeux, tout en m'imaginant lui faire manger sa casquette.
Tom vient s'intercaler entre lui et moi, et pose une main sur ma hanche. Le sourire qui étire ses lèvres ne me dit rien qui vaille.

-Tu peux partager mon lit, si tu veux.
Je m'approche de lui, et passe mes bras autour de son cou, plongeant mes yeux dans ses prunelles chocolat. Ses mains glissent légèrement de mes hanches, pour se poser plus bas.
Je pourrais accepter sa proposition, et dormir dans le même lit que lui, seulement je lui ai promis que ce serait lui qui finirait dans le mien, et non l'inverse.
Il approche sa bouche de la mienne, je ferme les yeux, fais mine d'attendre qu'il m'embrasse. J'adore jouer avec les attentes des hommes. Il sont si prévisibles. Lorsque je bouge les lèvres pour parler, je m'arrange pour qu'elles frôlent les siennes, et par la même occasion son piercing...

-Je préfèrerais encore dormir dans une benne à ordure.
Je m'écarte de lui avant même qu'il ait saisit le sens de ma phrase.Georg éclate de rire, Tom se renfrogne, et croise les bras, la mine boudeuse. Son frère jumeau semble singulièrement agacé.

-Estime-toi déjà heureuse qu'on t'accepte chez nous...
Je hausse les sourcils.

-Comme si David vous avait laissé le choix...
Georg pousse un soupir.

-Tu as raison, on n'a pas vraiment eu le choix. Mais toi non plus. Alors si on essayait de s'apprécier un minimum, je pense que ce serait plus simple pour nous tous.
J'éclate d'un rire forcé, rauque.

-Je n'ai ni l'envie, ni le besoin de vous apprécier. Avec tous les soucis que vous me causez, ce serait un comble si l'on devenait amis.
Gustav avance à nouveau vers moi, agressif. Bill le retient par la manche de son pull.

-Ah, on te cause des soucis ? Lesquels ? T'as pas l'air d'avoir énormément de problèmes...

-Gustav a raison. C'est quoi, le pire de tes problèmes ? Ne pas savoir comment t'habiller pour sortir le soir ? Oulah, c'est vraiment dramatique...
Je dévisage Gustav et Bill tour à tour.
Trouve quelque chose à leur répondre, Rose. Ne leur montre pas à quel point ils sont proches de la vérité. Ne leur montre pas à quel point ta vie est vide.
Georg pose une main sur mon épaule dans un geste qu'il veut sûrement rassurant, apaisant. Je me dégage brusquement. Qu'on me laisse tranquille.
Il hausse les épaules. Tom lui adresse un signe de tête, puis tous deux partent vers la cuisine, me laissant seule avec Bill et Gustav. Alias Mademoiselle la Diva, et King Kong.

-Tu n'as pas tort, choisir mes tenues constitue un réel soucis, j'ai tellement de vêtements... Mais le pire de mes problèmes, c'est de devoir en permanence cacher que je suis la fille du manager d'un groupe complètement commercial, qui fait de la musique uniquement dans le but de s'en foutre plein les poches.



Point de vue de Bill.

___
.- Tu n'as pas tort, choisir mes tenues constitue un réel soucis, j'ai tellement de vêtements... Le pire de mes problèmes, c'est de devoir en permanence cacher que je suis la fille du manager d'un groupe complétement commercial, qui fait de la musique uniquement dans le but de s'en foutre plein les poches.
Putain. La salope. Elle a frappé en plein dans le mille.
Oui, notre groupe devient purement commercial. Oui, en ce moment le but de notre maison de disques est plus de vendre que de nous laisser vivre de notre passion. Je ne chante plus ce que je veux, je ne parviens plus à écrire mes chansons, si bien que je suis contraint à chanter ce que toutes ces filles désirent entendre.

-On s'en fout plein les poches, selon toi ? Bizarrement, j'ai l'impression que David encaisse plus que nous. Ton père a monté une machine à fric, nous la portons sur nos épaules. Tout l'argent que tu dépenses, que tu claques sans même y penser, David l'a gagné grâce à nous. Si j'étais toi, je serais un peu plus respectueuse.
Elle passe nerveusement ses mains dans son indomptable tignasse blonde. Est-ce que Gustav aurait réussit à la déstabiliser ? Pink mal à l'aise, ce serait une grande première.
Elle se mord la lèvre inférieure, nous fusille du regard. D'un geste rapide, elle récupère son manteau posé sur le canapé, et marche à grands pas pour sortir de l'appartement, à croire que subitement elle ne peut pas y rester une minute de plus.
Elle claque violemment la porte, mais ce n'est pas tant ça que ce qu'elle crie qui fait trembler les murs.

-ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE !


___.Elle peut partir aussi longtemps qu'elle le voudra, je ne compte pas la forcer à revenir.
L'emménagement de cette gamine pourrie-gâtée dans mon propre appartement ne me dit rien qui vaille. Oui, j'ai bien dit gamine. C'est ce qui lui correspond le mieux, non ? Je vois mal comment elle pourrait m'aider à rédiger les paroles de mes chansons, avec un taux de maturité aussi bas.
Installé dans mon lit, mon ordinateur portable posé sur mes genoux, je passe de blog en blog, tout en m'affairant à vider à la petite cuillère le pot de Nutella subtilisé dans la cuisine.
Je souris avec orgueil. Tant de blog me sont consacrés... Les fanes –"Groupies", me souffle ma conscience– ne peuvent décidément pas se passer de moi. Comment réagiraient-elles, si elles apprenaient que leur j'étais passé sur leur blog ? Elles pleureraient sûrement, ce que je trouve compréhensible. Après tout, n'est-ce pas une grande faveur de ma part de leur accorder un peu de mon attention ?
Je ne me lasserai jamais de voir des photos de moi sur internet. C'est tellement... Jouissif. Savoir que toutes n'ont en tête que mon image, savoir que toutes ne jurent que par moi... Je suis un peu leur Dieu, non ?
Mon frère entre dans ma chambre, et jette un coup d'½il intéressé à l'écran de mon ordinateur. Il prend place près de moi en soupirant.

-Tu ne finis jamais par te lasser de voir toutes ces photos de toi ? De lire tous ces trucs immondes, ces illusions qu'elles se font sur le groupe ?

-Elles nous aiment, Tom. Elles m'aiment.

-Ce n'est pas toi qu'elles aiment. C'est ton image. Quand est-ce que tu vas finir par le comprendre ? Elles s'imaginent tes qualités, elles gomment tes moindres défauts...

-Si ça leur plait de m'imaginer sans aucun défaut, je ne vais pas les en empêcher.

-Le problème ne vient pas de là.
Il m'arrache la cuillère des mains, et la plonge à son tour dans le pot de Nutella.

-Le problème, Bill, poursuit-il, sa bouche ayant prit une teinte chocolat, c'est que tu changes en fonction de ce qu'elles pensent de toi.

-Hein ?

-Regarde-toi, Bill. Elles croient que tu ne peux pas te passer de toutes tes fringues gothiques, elles ne t'imaginent pas sans. Résultat ? Je suis obligé de planquer ta trousse à maquillage pour t'empêcher de te maquiller les jours où nous ne sortons pas, et tu deviens incapable de rester en pyjama une journée complète.

-Quel mal à ça ?

-Tu ne te bases plus que sur l'apparence. Tu te caches constamment derrière ton look gothique, et si je n'étais pas ton jumeau, je peinerais à te reconnaître. Tu deviens tellement superficiel...

-Gus' et Georg me reconnaissent, eux.

-Parce que je leur explique comment tu raisonnes. Sérieusement, Bill, regarde comment tu deviens ! Tu es obsédé par ton image, et tu n'es plus capable d'écrire la moindre chanson !

Je lève les yeux au ciel.

-Qu'est-ce que j'y peux, si je n'ai plus d'inspiration ? Et puis je ne vois pas le rapport entre ma capacité à écrire, et le fait que je prenne soin de mon image. Je n'y peux rien si elles sont toutes folles de moi.
Tom sourit, mi-excédé, mi-amusé.

-Tu es irrécupérable.

-Mais non.
Je désigne mon écran d'un signe de tête.

-Regarde, celle-là écrit qu'elle rêve de moi toutes les nuits... Elle m'a même dédié un poème !

-Ridicule.

Je lui donne une tape derrière la tête.

-T'as pas bientôt fini d'être jaloux ?

-Jaloux de quoi ? Ton apparence ? On est jumeaux je te rappelle.

-Peut être, mais moi, j'ai hérité de tout un tas de trucs que tu n'as pas. Genre le charisme, le don de dégainer des sourires en coin qui font hurler toutes les filles que je croise, la beauté intérieure comme extérieure...

Tom éclate de rire, et manque de s'étouffer avec la cuillère fourrée dans sa bouche. Je devrais prendre une photo de lui et la diffuser sur internet, tiens. Il a l'air franchement pitoyable, à se moquer de moi comme un hystérique, le menton dégoulinant de Nutella... Mais je suis un bon frère, un jumeau fidèle et digne de confiance. Je ne suis pas odieux au point de mettre sur le net des photos qui le rabaisseraient.

-La beauté intérieure comme extérieure ! Dis donc, ça va, les chevilles ?

-Mes chevilles vont très bien, c'est gentil de t'inquiéter de leur santé. Toi par contre tu ferais mieux d'aller t'essuyer le menton, parce que c'est pas franchement joli à voir...

Il se lève et se dirige vers la sortie de ma chambre. Avant de passer la porte, il m'adresse un clin d'½il.

-Je te parie tout ce que tu veux que même avec tout ce Nutella, j'arriverais à mettre dans mon lit des dizaines de filles. Rappelle-moi à quand remonte la dernière fois où ça t'es arrivé, à toi ? Ta dernière histoire d'une nuit, c'était il y a combien d'années ?
Les poings crispés, yeux plissés, lèvres serrées, j'observe Tom quitter ma chambre, fier de m'avoir cloué le bec, un sourire satisfait éclairant son visage barbouillé de Nutella.

Où est passé mon appareil photo ?


___.Une grimace de dégoût déforme ses traits. Je constate avec agacement que même en grimaçant, elle parvient à être jolie. Quelle injustice !
Attrapant son verre d'un geste presque précipité, elle avale d'une traite toute son eau.

-Qui a préparé la nourriture ?
J'échange un regard étonné avec Gustav. A ma connaissance, c'est bien la première fois que quelqu'un semble ne pas apprécier les lasagnes de Georg. Ce dernier hausse les épaules.

-C'est moi. Un problème ?

A présent, une moue narquoise marque le visage de Rose. Du bout de sa fourchette, elle joue avec la nourriture sans jamais manger quoi que ce soit.

-Vous n'avez pas de cuisinier ?
Georg lui sourit aimablement.

-Tu sais, si je n'avais pas réussi à gagner ma vie en jouant de la basse, c'est le métier que j'aurais aimé faire. Alors je profite d'être chez moi pour... mettre la main à la pâte.
Elle l'observe un moment avec une incrédulité et une ironie non feintes, puis reporte son attention sur sa nourriture. Sous la table, j'entends craquer les jointures de Gustav. Je lui marche sur le pied pour l'inciter au calme. Pas question de perdre notre sang froid devant cette ignoble blondasse.
Tom, ayant terminé son assiette depuis longtemps, attrape celle de Rose, et engloutit la moitié de ses lasagnes avant même qu'elle aie le temps de réagir. Il finit par lever les yeux sur elle.

-Tu ne m'en veux pas, j'espère ?

-Oh, non.
Elle vole mon morceau de pain, j'esquisse un geste pour le récupérer, mais elle a déjà mordu dedans à pleines dents, si bien que je suspends mon bras à mi-chemin, vaguement dégoûté.
Je ne m'intéresse pas à la conversation de Gustav et Tom à propos de voitures ou je-ne-sais-quoi, et me contente de dévisager Pink. Que cache-t-elle derrière son masque ? Quel est son masque ? Se cache-t-elle derrière cette apparence méprisante, ou est-ce sa vraie nature ?
Pour le moment, toute expression hautaine a déserté son visage. Rose semble juste avoir faim.
Georg, sûrement pris de pitié, se lève pour lui apporter du chocolat, des cookies préparés par ses soins, et –mon c½ur fait un bond– mon pot de Nutella, celui que hier encore j'étais occupé à vider dans ma chambre. Je pousse un soupir agacé. Que Rose habite chez moi, je peux supporter. Qu'elle chamboule mes habitudes, je peux supporter. Qu'elle soit complètement folle, et pourrie gâtée, je peux supporter. Qu'elle me pousse à bout, je supporte aussi... Mais qu'elle termine mon pot de Nutella, non. Trop c'est trop. Il ne faut pas abuser, non plus.

-Sinon, Bill, t'en es où ?

La voix de mon frère me sort de mes pensées.

-Hein ?


-T'as finis par réussir à nous écrire des chansons, ou non ?
Je fusille mon jumeau du regard. En ce moment, et ce moment dure depuis plusieurs mois déjà, je n'arrive à rien. Mes pensées s'embrouillent dans ma tête, et je peine à trouver les mots justes pour retranscrire ce que je ressens, comme si je n'étais plus en accord avec moi-même. C'est plutôt douloureux, je dois dire. Mis à part Tom, bien entendu, personne ne sait à quel point cela me fait souffrir. Je ne laisse rien transparaître de ce côté là.
Je m'efforce d'afficher une mine impassible.

-Oh,j'ai pas vraiment écrit, ces derniers temps. Je m'y mettrais peut être cette semaine...
Je sens Rose me fixer, et lève lentement les yeux vers elle. Un sourire discret étire ses lèvres pâles. Je soutiens son regard, tente de le décrypter. Une certitude finit par m'envahir. Elle aime écrire. Elle aime les mots, tout autant que je les aimais avant qu'ils ne cessent d'affluer en moi. Elle sait donc combien ne plus pouvoir écrire me pèse, me frustre, m'attriste. Moi qui voulait tout garder pour moi, c'est raté. Le fait qu'une telle garce puisse saisir ce que je ressens n'augure rien de bon...
Bordel.


___.Elle m'énerve. Sérieusement.
-Merde, Pink, tu peux pas arrêter de tourner en rond comme un lion en cage ?
Elle lève les yeux au ciel.

-Je m'ennuie. J'essaie de m'occuper. Et arrête de m'appeler comme ça.

-En marchant d'un bout à l'autre du salon ? T'as raison, trop marrant comme occupation.

Vexée, elle s'affale à mes côtés dans le canapé. Saloperie. Elle prend toute la place, elle le fait exprès. Je vais finir par la frapper. Espèce de blondasse sans cervelle.
Ses yeux verts me dévisagent un instant.

-Je suis ton invitée. Propose-moi des trucs à faire.

-Débrouille-toi. Fais ce que tu veux. Sans m'énerver, si possible.

Son visage s'éclaire, ce qui ne me dit rien qui vaille.

-Tout ce que je veux ?

Oulah. Ne nous emballons pas.

-Je rectifie. Pas question que tu amènes le moindre mec ici. Pas question que tu organises la moindre fête, pas question que...
Agacée, elle me coupe la parole.

-C'est ça, c'est ça. Quand tu en auras finis avec tes interdictions, tu m'appelleras ? On croirait entendre mon père. Et c'est pas un compliment.
Elle s'interrompt un instant, fais disparaître de son visage angélique toute trace d'irritation. Ses lèvres d'un rose pâle s'étirent en un sourire d'une insolence non feinte.

-Mais pour ce qui est des mecs... T'en es un, toi, non ?
Je hausse les sourcils. Quelle perspicacité.

-Jusqu'aux dernières nouvelles, oui.
Elle s'approche sensiblement de moi, pose une main au creux de mon bras, passe légèrement sa langue sur ses lèvres, provocante.

-Et on est là, tous les deux...
Je mets un instant avant de comprendre où elle veut en venir. Je la repousse brusquement. Quelle... Pute ! Je ne trouve pas d'autre mots. J'étudie l'expression de son visage. Elle semble... Scandalisée. Outragée. Sérieusement, elle pensait vraiment pouvoir mettre dans son lit le grand Bill Kaulitz aussi facilement ? Je ne tente même pas de masquer mon ironie.

-Alors, qu'est-ce que ça fait d'être repoussée ? T'as pas l'air d'avoir l'habitude...

Elle me fusille du regard, se cale à nouveau dans le canapé, m'envoyant au préalable un coup de pied dans le tibia.

Outch


-Si tu veux savoir, jamais un homme ne m'a repoussé comme tu viens de le faire...

Héhé


-J'en conclu donc que tu n'en est pas un.
Le sourire fier qui ornait mon visage quelque secondes auparavant a disparu, pour réapparaître sur celui de Rose.
Moi, pas un homme ?
Je serre les poings.
Pute. Pute. Pute. Pute.
Elle a tapé en plein dans le mille, et elle le sait. Je viens de me faire rabattre le caquet par Mademoiselle-je-suis la-chef-des-garces ! Vite, trouver de quoi répondre...

-Va te faire voir. Moi au moins j'ai des amis.
Rose semble déconcertée.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-C'est pourtant clair, non ? Regarde toi. Tu fais ta garce à longueur de journées... Tu ne t'entends avec personne... Et au définitif... Tu es seule. Tu n'as pas le moindre ami.
Clac. Prends ça.
Rose pâlit subitement, et baisse légèrement la tête de manière à ce que ses longs cheveux blonds voilent une grande partie de son visage. Sa mâchoire tremble légèrement, mais je ne sais dire si c'est sous l'effet de la colère, ou d'une autre émotion. Néanmoins, elle se ressaisit vite. En tous cas, plus vite que moi quand elle m'a traité de femme. Elle relève énergiquement la tête, mais le masque d'impassibilité qu'elle s'est collé au visage est trahi par ses yeux verts, qui brillent plus qu'à la normale.

-J'ai des tas d'amis, tu sais ? La preuve, je m'entends plutôt bien avec Tom, avec Georg, avec Gustav...

J'éclate de rire.

-Je vais être clair, Pink. Une fois que tu auras passé la nuit avec Tom, il n'en aura plus rien à faire de toi. Georg n'en a rien à faire de toi, et si tu veux mon avis il te parle plus par pitié qu'autre chose. Quant à Gustav... je crois que si je n'avais pas été là pour le retenir, il t'aurais déjà frappée plusieurs fois.

-Peu importe. Je n'ai pas besoin d'amis. Tant que je trouve de la compagnie pour la nuit... Le reste n'est que secondaire.

-Bizarrement j'ai du mal à te croire quand tu dis ça.

A nouveau, elle me donne un coup de pied dans le tibia.

-Aïe !

-Bien fait. Regarde ton film, là, au lieu de parler pour ne rien dire.
Je lui pince le bras, histoire de me venger du coup de pied, ne cessant qu'en entendant son léger cri de douleur. Rose se lève brusquement du canapé, et, en se massant le bras, se dirige à grand pas vers la chambre de Tom.
Je souris en songeant avoir réussi à lui ôter son masque pendant quelques minutes. Ce n'est pas si difficile, en y réfléchissant. Une petite réplique bien placée, et le tour est joué, la Rose orgueilleuse et insolente laisse place à une fille paumée, méconnaissable. J'ai trouvé mon arme, je saurais comment me défendre quand elle deviendra trop odieuse. Ou quand je serais moi-même de mauvaise humeur. Ou quand je m'ennuierais. Après tout, Bill Kaulitz a tous les droits.

Je sens que je vais bien m'amuser.


Fiouuuh'
Désolée d'avoir été aussi longue à poster cette suite [merdique] >_<
Je suis plutôt déçue de ce que j'ai écrit... Mais je compte me rattraper pendant les vacances. Héhé ^^
Voilà...
Des commentaires ? Des critiques ?
N'oubliez pas de passer et , et [a=http://annuaiire-fiic-th.skyrock.com
Bisous (L')
M*.

# Posté le jeudi 12 février 2009 04:04

Modifié le mardi 10 mars 2009 06:19