Point de Vue de Bill..Silence. Installé dans mon lit, les yeux fermés ... Je patiente. Je laisse les pensées effleurer mon cerveau, guettant une idée à saisir, puis à étoffer pour en faire une chanson. Mais...
Rien ne me vient. Je ne comprends pas. J'ai pourtant toujours procédé comme ça. Avant, je n'avais pas à réfléchir longtemps, retranscrire mes pensées en chansons était un automatisme.
Que m'arrive-t-il ? Aurais-je tant changé ? Il ne me semble pas.
Du bout des doigts, j'effleure mon carnet posé près de moi. Mon carnet... J'y couche sur papier toutes les idées qui me passent par la tête. Depuis quand n'y ais-je pas écrit le moindre mot ?
Bientôt un an. Je me sens sombrer dans le sommeil, et ne tente même pas de lutter. A quoi bon ?
David a sûrement raison, je ne peux plus écrire seul, il me faut de l'aide... Quelqu'un qui arriverait à traduire me pensées, quelqu'un qui m'extirperait les idées du cerveau, quelqu'un ayant des opinions avoisinant aux miennes, et qui pourrait de ce fait écrire les paroles de mes chansons avec ma façon de voir les choses. Ce quelqu'un, je l'ai trouvé. Dommage que ce soit une gamine pourrie-gâtée, égoïste, débauchée... Dommage que ce soit
Rose.Je tente de me concentrer à nouveau pour saisir ne serait-ce que l'esquisse de l'ombre d'un morceau d'une parcelle d'idée, mais abandonne presque instantanément la partie. Dans ma tête, le fourmillement d'idées d'autrefois à laissé place au Vide pur et simple.
Game Over.
Tant pis... Il me faut continuer à l'attendre. J'espère juste qu'elle ne tardera pas trop à revenir...
L'Inspiration.
Point de vue de Tom. ___.Cette nuit, je suis
seul. Personne ne partage mon lit. A qui la faute ? Bill, bien sûr. Il m'a très clairement fait comprendre que je n'avais pas intérêt à faire le moindre bruit... si je ne voulais pas qu'il s'énerve. Ce n'est pas que j'ai peur de lui. Non, loin de là. Un Bill en colère n'a jamais effrayé grand monde. Mais apparemment il avait l'air bien décidé à écrire, cette nuit, alors... Autant qu'il ne soit pas déconcentré par des voix venant de ma chambre.
Je me tourne dans mon lit, essayant de trouver une position confortable.
A mon avis, Bill écrira autant cette nuit que les nuits précédentes... C'est à dire rien. Pas la moindre ligne, pas le moindre mot.
Pourquoi ne veut-il pas comprendre qu'il a changé ? Comment veut il parvenir à pondre le moindre texte, la moindre chanson, avec sa nouvelle personnalité ?
Les Tokio Hotel ne sont plus les mêmes, et mon frère n'a pas échappé à la règle. Où plutôt nous sommes les mêmes en profondeur, mais plus en surface. Gustav qui devient colérique, Bill que je reconnais à peine... En y réfléchissant, Georg et moi sommes les seuls n'ayant pas énormément changé.
Je déglutit.
Si.
Nous avons changé, nous aussi. Avant, il n'était pas dans nos habitudes de ramener chacun une groupie presque tous les soirs. Avant, nous respections les quelques filles avec qui nous passions parfois nos nuits. Nous les considérions comme nos égales. Maintenant... Elles ne sont plus que des jouets. De simples objets de plaisir.
Je me dégoûte moi même.
Non, je plaisante. J'assume totalement mes actes.
Quel mal y-a-t-il à profiter de la vie ?
Point de vue de Rose.___.Je n'en reviens pas. Moi, vivre dans l'appartement des Tokio Hotel ? Moi, quitter Munich pour emménager à Berlin ? Moi, partager la vie de quatre misérables garçons dont la célébrité est en train de brûler les ailes ?
J'hallucine. Le pire, dans tout ça... je n'ai pas de chambre.
-Je ne vais quand même pas dormir dans ce canapé pourri ? S'ils essaient de me faire croire que ce sera désormais mon lit, c'est raté.
Bill croise les bras, lève les yeux au ciel.
-Tu penses peut être que l'un d'entre nous va se sacrifier pour toi et te laisser son lit ? Tu rêves. -Venant de toi, ça ne m'étonne pas. Espèce de sale diva égoïste. Il avance d'un pas vers moi, agressif. Je ne recule pas pour autant, et retient son regard couleur chocolat, dénué de toute trace de sympathie.
-C'est toi qui ose me traiter d'égoïste ? Non mais tu t'es regardée ? Gustav s'interpose avant que j'aie le temps de répliquer.
-Si tu veux, j'ai un sac de couchage. Tu pourrais dormir dedans, si tu préfères. Je pousse un soupir exaspéré.
-J'ai une tête à dormir là-dedans ? Non. Alors, ton sac de couchage, tu peux te le mettre... Avant même que j'ai le temps de terminer la phrase, il tend les bras et me pousse brusquement. Je me cogne les jambes contre la table basse, et manque de perdre l'équilibre
.
-
Tu me parles autrement, je suis pas ton chien ! -Et toi si tu me pousses encore une fois comme ça je...Je
quoi ?
Bonne question. Je me vois mal frapper Gustav. Non que ça me déplairait, mais... il n'a beau avoir que quelques centimètres de plus que moi, quelque chose me dit qu'il ne vaut mieux pas que j'essaie de me mesurer à lui si je tiens à rester entière.
-Tu quoi ? Tu vas me griffer avec tes ongles parfaitement manucurés, peut être ? Gott. J'ai peur. Les imbéciles qui vont me servir de colocataires échangent des regards ironiques, moqueurs. Ils se liguent à quatre contre une. Pauvre de moi. Je sens mes joues s'enflammer, une sensation qui m'est plutôt rare. Je ne suis pas habituée à perdre face.
Je serre les poings, et me force à fixer Gustav droit dans les yeux, tout en m'imaginant lui faire manger sa casquette.
Tom vient s'intercaler entre lui et moi, et pose une main sur ma hanche. Le sourire qui étire ses lèvres ne me dit rien qui vaille.
-Tu peux partager mon lit, si tu veux. Je m'approche de lui, et passe mes bras autour de son cou, plongeant mes yeux dans ses prunelles chocolat. Ses mains glissent légèrement de mes hanches, pour se poser plus bas.
Je pourrais accepter sa proposition, et dormir dans le même lit que lui, seulement je lui ai promis que ce serait lui qui finirait dans le mien, et non l'inverse.
Il approche sa bouche de la mienne, je ferme les yeux, fais mine d'attendre qu'il m'embrasse. J'adore jouer avec les attentes des hommes. Il sont si prévisibles. Lorsque je bouge les lèvres pour parler, je m'arrange pour qu'elles frôlent les siennes, et par la même occasion son piercing...
-
Je préfèrerais encore dormir dans une benne à ordure. Je m'écarte de lui avant même qu'il ait saisit le sens de ma phrase.Georg éclate de rire, Tom se renfrogne, et croise les bras, la mine boudeuse. Son frère jumeau semble singulièrement agacé.
-Estime-toi déjà heureuse qu'on t'accepte chez nous... Je hausse les sourcils.
-Comme si David vous avait laissé le choix... Georg pousse un soupir.
-Tu as raison, on n'a pas vraiment eu le choix. Mais toi non plus. Alors si on essayait de s'apprécier un minimum, je pense que ce serait plus simple pour nous tous. J'éclate d'un rire forcé, rauque.
-Je n'ai ni l'envie, ni le besoin de vous apprécier. Avec tous les soucis que vous me causez, ce serait un comble si l'on devenait amis. Gustav avance à nouveau vers moi, agressif. Bill le retient par la manche de son pull.
-Ah, on te cause des soucis ? Lesquels ? T'as pas l'air d'avoir énormément de problèmes...
-Gustav a raison. C'est quoi, le pire de tes problèmes ? Ne pas savoir comment t'habiller pour sortir le soir ? Oulah, c'est vraiment dramatique... Je dévisage Gustav et Bill tour à tour.
Trouve quelque chose à leur répondre, Rose. Ne leur montre pas à quel point ils sont proches de la vérité.
Ne leur montre pas à quel point ta vie est vide. Georg pose une main sur mon épaule dans un geste qu'il veut sûrement rassurant, apaisant. Je me dégage brusquement. Qu'on me laisse tranquille.
Il hausse les épaules. Tom lui adresse un signe de tête, puis tous deux partent vers la cuisine, me laissant seule avec Bill et Gustav. Alias
Mademoiselle la Diva, et
King Kong. -Tu n'as pas tort, choisir mes tenues constitue un réel soucis, j'ai tellement de vêtements... Mais le pire de mes problèmes, c'est de devoir en permanence cacher que je suis la fille du manager d'un groupe complètement commercial, qui fait de la musique uniquement dans le but de s'en foutre plein les poches. Point de vue de Bill.
___.- Tu n'as pas tort, choisir mes tenues constitue un réel soucis, j'ai tellement de vêtements... Le pire de mes problèmes, c'est de devoir en permanence cacher que je suis la fille du manager d'un groupe complétement commercial, qui fait de la musique uniquement dans le but de s'en foutre plein les poches.Putain. La salope.
Elle a frappé en plein dans le mille. Oui, notre groupe devient purement commercial.
Oui, en ce moment le but de notre maison de disques est plus de vendre que de nous laisser vivre de notre passion. Je ne chante plus ce que je veux, je ne parviens plus à écrire mes chansons, si bien que je suis contraint à chanter ce que toutes ces filles désirent entendre.
-On s'en fout plein les poches, selon toi ? Bizarrement, j'ai l'impression que David encaisse plus que nous. Ton père a monté une machine à fric, nous la portons sur nos épaules. Tout l'argent que tu dépenses, que tu claques sans même y penser, David l'a gagné grâce à nous. Si j'étais toi, je serais un peu plus respectueuse. Elle passe nerveusement ses mains dans son indomptable tignasse blonde. Est-ce que Gustav aurait réussit à la déstabiliser ?
Pink mal à l'aise, ce serait une grande première. Elle se mord la lèvre inférieure, nous fusille du regard. D'un geste rapide, elle récupère son manteau posé sur le canapé, et marche à grands pas pour sortir de l'appartement, à croire que subitement elle ne peut pas y rester une minute de plus.
Elle claque violemment la porte, mais ce n'est pas tant ça que ce qu'elle crie qui fait trembler les murs.
-ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE ! ___.Elle peut partir aussi longtemps qu'elle le voudra, je ne compte pas la forcer à revenir.
L'emménagement de cette gamine pourrie-gâtée dans mon propre appartement ne me dit rien qui vaille. Oui, j'ai bien dit gamine. C'est ce qui lui correspond le mieux, non ? Je vois mal comment elle pourrait m'aider à rédiger les paroles de mes chansons, avec un taux de maturité aussi bas.
Installé dans mon lit, mon ordinateur portable posé sur mes genoux, je passe de blog en blog, tout en m'affairant à vider à la petite cuillère le pot de Nutella subtilisé dans la cuisine.
Je souris avec orgueil.
Tant de blog me sont consacrés... Les fanes –
"Groupies", me souffle ma conscience– ne peuvent décidément pas se passer de moi. Comment réagiraient-elles, si elles apprenaient que leur j'étais passé sur leur blog ? Elles pleureraient sûrement, ce que je trouve compréhensible.
Après tout, n'est-ce pas une grande faveur de ma part de leur accorder un peu de mon attention ? Je ne me lasserai jamais de voir des photos de moi sur internet. C'est tellement...
Jouissif. Savoir que toutes n'ont en tête que mon image, savoir que toutes ne jurent que par moi... Je suis un peu leur Dieu, non ?
Mon frère entre dans ma chambre, et jette un coup d'½il intéressé à l'écran de mon ordinateur. Il prend place près de moi en soupirant.
-Tu ne finis jamais par te lasser de voir toutes ces photos de toi ? De lire tous ces trucs immondes, ces illusions qu'elles se font sur le groupe ? -Elles nous aiment, Tom. Elles m'aiment. -Ce n'est pas toi qu'elles aiment. C'est ton image. Quand est-ce que tu vas finir par le comprendre ? Elles s'imaginent tes qualités, elles gomment tes moindres défauts...
-Si ça leur plait de m'imaginer sans aucun défaut, je ne vais pas les en empêcher. -Le problème ne vient pas de là. Il m'arrache la cuillère des mains, et la plonge à son tour dans le pot de Nutella.
-Le problème, Bill, poursuit-il, sa bouche ayant prit une teinte chocolat, c'est que tu changes en fonction de ce qu'elles pensent de toi.
-Hein ?
-Regarde-toi, Bill. Elles croient que tu ne peux pas te passer de toutes tes fringues gothiques, elles ne t'imaginent pas sans. Résultat ? Je suis obligé de planquer ta trousse à maquillage pour t'empêcher de te maquiller les jours où nous ne sortons pas, et tu deviens incapable de rester en pyjama une journée complète.
-Quel mal à ça ?
-Tu ne te bases plus que sur l'apparence. Tu te caches constamment derrière ton look gothique, et si je n'étais pas ton jumeau, je peinerais à te reconnaître. Tu deviens tellement superficiel...
-Gus' et Georg me reconnaissent, eux.
-Parce que je leur explique comment tu raisonnes. Sérieusement, Bill, regarde comment tu deviens ! Tu es obsédé par ton image, et tu n'es plus capable d'écrire la moindre chanson ! Je lève les yeux au ciel.
-Qu'est-ce que j'y peux, si je n'ai plus d'inspiration ? Et puis je ne vois pas le rapport entre ma capacité à écrire, et le fait que je prenne soin de mon image. Je n'y peux rien si elles sont toutes folles de moi. Tom sourit, mi-excédé, mi-amusé.
-Tu es irrécupérable. -Mais non. Je désigne mon écran d'un signe de tête.
-Regarde, celle-là écrit qu'elle rêve de moi toutes les nuits... Elle m'a même dédié un poème !
-Ridicule. Je lui donne une tape derrière la tête.
-T'as pas bientôt fini d'être jaloux ?
-Jaloux de quoi ? Ton apparence ? On est jumeaux je te rappelle.
-Peut être, mais moi, j'ai hérité de tout un tas de trucs que tu n'as pas. Genre le charisme, le don de dégainer des sourires en coin qui font hurler toutes les filles que je croise, la beauté intérieure comme extérieure... Tom éclate de rire, et manque de s'étouffer avec la cuillère fourrée dans sa bouche. Je devrais prendre une photo de lui et la diffuser sur internet, tiens. Il a l'air franchement
pitoyable, à se moquer de moi comme un hystérique, le menton dégoulinant de Nutella... Mais je suis un bon frère, un jumeau fidèle et digne de confiance. Je ne suis pas odieux au point de mettre sur le net des photos qui le rabaisseraient.
-La beauté intérieure comme extérieure ! Dis donc, ça va, les chevilles ?
-Mes chevilles vont très bien, c'est gentil de t'inquiéter de leur santé. Toi par contre tu ferais mieux d'aller t'essuyer le menton, parce que c'est pas franchement joli à voir... Il se lève et se dirige vers la sortie de ma chambre. Avant de passer la porte, il m'adresse un clin d'½il.
-Je te parie tout ce que tu veux que même avec tout ce Nutella, j'arriverais à mettre dans mon lit des dizaines de filles. Rappelle-moi à quand remonte la dernière fois où ça t'es arrivé, à toi ? Ta dernière histoire d'une nuit, c'était il y a combien d'années ? Les poings crispés, yeux plissés, lèvres serrées, j'observe Tom quitter ma chambre, fier de m'avoir cloué le bec, un sourire satisfait éclairant son visage barbouillé de Nutella.
Où est passé mon appareil photo ?
___.Une grimace de dégoût déforme ses traits. Je constate avec agacement que même en grimaçant, elle parvient à être jolie.
Quelle injustice ! Attrapant son verre d'un geste presque précipité, elle avale d'une traite toute son eau.
-Qui a préparé la nourriture ?J'échange un regard étonné avec Gustav. A ma connaissance, c'est bien la première fois que quelqu'un semble ne pas apprécier les lasagnes de Georg. Ce dernier hausse les épaules.
-C'est moi. Un problème ? A présent, une moue narquoise marque le visage de Rose. Du bout de sa fourchette, elle joue avec la nourriture sans jamais manger quoi que ce soit.
-Vous n'avez pas de cuisinier ? Georg lui sourit aimablement.
-Tu sais, si je n'avais pas réussi à gagner ma vie en jouant de la basse, c'est le métier que j'aurais aimé faire. Alors je profite d'être chez moi pour... mettre la main à la pâte. Elle l'observe un moment avec une incrédulité et une ironie non feintes, puis reporte son attention sur sa nourriture. Sous la table, j'entends craquer les jointures de Gustav. Je lui marche sur le pied pour l'inciter au calme. Pas question de perdre notre sang froid devant cette ignoble blondasse.
Tom, ayant terminé son assiette depuis longtemps, attrape celle de Rose, et engloutit la moitié de ses lasagnes avant même qu'elle aie le temps de réagir. Il finit par lever les yeux sur elle.
-Tu ne m'en veux pas, j'espère ?-Oh, non. Elle vole mon morceau de pain, j'esquisse un geste pour le récupérer, mais elle a déjà mordu dedans à pleines dents, si bien que je suspends mon bras à mi-chemin, vaguement dégoûté.
Je ne m'intéresse pas à la conversation de Gustav et Tom à propos de voitures ou je-ne-sais-quoi, et me contente de dévisager Pink.
Que cache-t-elle derrière son masque ? Quel est son masque ? Se cache-t-elle derrière cette apparence méprisante, ou est-ce sa vraie nature ?Pour le moment, toute expression hautaine a déserté son visage. Rose semble juste avoir faim.
Georg, sûrement pris de pitié, se lève pour lui apporter du chocolat, des cookies préparés par ses soins, et –mon c½ur fait un bond–
mon pot de Nutella, celui que hier encore j'étais occupé à vider dans ma chambre. Je pousse un soupir agacé. Que Rose habite chez moi, je peux supporter. Qu'elle chamboule mes habitudes, je peux supporter. Qu'elle soit complètement folle, et pourrie gâtée, je peux supporter. Qu'elle me pousse à bout, je supporte aussi... Mais qu'elle termine mon pot de Nutella, non.
Trop c'est trop. Il ne faut pas abuser, non plus.
-Sinon, Bill, t'en es où ? La voix de mon frère me sort de mes pensées.
-Hein ? -T'as finis par réussir à nous écrire des chansons, ou non ?Je fusille mon jumeau du regard. En ce moment, et ce moment dure depuis plusieurs mois déjà, je n'arrive à rien. Mes pensées s'embrouillent dans ma tête, et je peine à trouver les mots justes pour retranscrire ce que je ressens, comme si je n'étais plus en accord avec moi-même. C'est plutôt douloureux, je dois dire. Mis à part Tom, bien entendu,
personne ne sait à quel point cela me fait souffrir. Je ne laisse rien transparaître de ce côté là.
Je m'efforce d'afficher une mine impassible.
-Oh,j'ai pas vraiment écrit, ces derniers temps. Je m'y mettrais peut être cette semaine... Je sens Rose me fixer, et lève lentement les yeux vers elle. Un sourire discret étire ses lèvres pâles. Je soutiens son regard, tente de le décrypter. Une certitude finit par m'envahir. Elle aime écrire. Elle aime les mots, tout autant que je les aimais avant qu'ils ne cessent d'affluer en moi. Elle sait donc combien ne plus pouvoir écrire me pèse, me frustre, m'attriste. Moi qui voulait tout garder pour moi, c'est raté. Le fait qu'une telle garce puisse saisir ce que je ressens n'augure rien de bon...
Bordel.
___.Elle m'énerve.
Sérieusement. -Merde, Pink, tu peux pas arrêter de tourner en rond comme un lion en cage ?Elle lève les yeux au ciel.
-Je m'ennuie. J'essaie de m'occuper. Et arrête de m'appeler comme ça.
-En marchant d'un bout à l'autre du salon ? T'as raison, trop marrant comme occupation. Vexée, elle s'affale à mes côtés dans le canapé.
Saloperie. Elle prend toute la place, elle le fait exprès. Je vais finir par la frapper.
Espèce de blondasse sans cervelle.Ses yeux verts me dévisagent un instant.
-Je suis ton invitée. Propose-moi des trucs à faire.
-Débrouille-toi. Fais ce que tu veux. Sans m'énerver, si possible. Son visage s'éclaire, ce qui ne me dit rien qui vaille.
-Tout ce que je veux ?Oulah. Ne nous emballons pas.
-Je rectifie. Pas question que tu amènes le moindre mec ici. Pas question que tu organises la moindre fête, pas question que...Agacée, elle me coupe la parole.
-C'est ça, c'est ça. Quand tu en auras finis avec tes interdictions, tu m'appelleras ? On croirait entendre mon père. Et c'est pas un compliment. Elle s'interrompt un instant, fais disparaître de son visage angélique toute trace d'irritation. Ses lèvres d'un rose pâle s'étirent en un sourire d'une insolence non feinte.
-Mais pour ce qui est des mecs... T'en es un, toi, non ?Je hausse les sourcils. Quelle perspicacité.
-Jusqu'aux dernières nouvelles, oui. Elle s'approche sensiblement de moi, pose une main au creux de mon bras, passe légèrement sa langue sur ses lèvres, provocante.
-Et on est là, tous les deux...Je mets un instant avant de comprendre où elle veut en venir. Je la repousse brusquement. Quelle...
Pute ! Je ne trouve pas d'autre mots. J'étudie l'expression de son visage. Elle semble...
Scandalisée. Outragée. Sérieusement, elle pensait vraiment pouvoir mettre dans son lit le grand Bill Kaulitz aussi facilement ? Je ne tente même pas de masquer mon ironie.
-Alors, qu'est-ce que ça fait d'être repoussée ? T'as pas l'air d'avoir l'habitude... Elle me fusille du regard, se cale à nouveau dans le canapé, m'envoyant au préalable un coup de pied dans le tibia.
Outch
-Si tu veux savoir, jamais un homme ne m'a repoussé comme tu viens de le faire...
Héhé
-
J'en conclu donc que tu n'en est pas un. Le sourire fier qui ornait mon visage quelque secondes auparavant a disparu, pour réapparaître sur celui de Rose.
Moi, pas un homme ?
Je serre les poings.
Pute. Pute. Pute. Pute. Elle a tapé en plein dans le mille, et elle le sait. Je viens de me faire rabattre le caquet par
Mademoiselle-je-suis la-chef-des-garces ! Vite, trouver de quoi répondre...
-Va te faire voir. Moi au moins j'ai des amis. Rose semble déconcertée.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?-C'est pourtant clair, non ? Regarde toi. Tu fais ta garce à longueur de journées... Tu ne t'entends avec personne... Et au définitif... Tu es seule. Tu n'as pas le moindre ami. Clac. Prends ça.
Rose pâlit subitement, et baisse légèrement la tête de manière à ce que ses longs cheveux blonds voilent une grande partie de son visage. Sa mâchoire tremble légèrement, mais je ne sais dire si c'est sous l'effet de la colère, ou d'une autre émotion. Néanmoins, elle se ressaisit vite. En tous cas, plus vite que moi quand elle m'a traité de femme. Elle relève énergiquement la tête, mais le masque d'impassibilité qu'elle s'est collé au visage est trahi par ses yeux verts, qui brillent plus qu'à la normale.
-J'ai des tas d'amis, tu sais ? La preuve, je m'entends plutôt bien avec Tom, avec Georg, avec Gustav...J'éclate de rire.
-Je vais être clair, Pink. Une fois que tu auras passé la nuit avec Tom, il n'en aura plus rien à faire de toi. Georg n'en a rien à faire de toi, et si tu veux mon avis il te parle plus par pitié qu'autre chose. Quant à Gustav... je crois que si je n'avais pas été là pour le retenir, il t'aurais déjà frappée plusieurs fois. -Peu importe. Je n'ai pas besoin d'amis. Tant que je trouve de la compagnie pour la nuit... Le reste n'est que secondaire.
-Bizarrement j'ai du mal à te croire quand tu dis ça.A nouveau, elle me donne un coup de pied dans le tibia.
-
Aïe !
-Bien fait. Regarde ton film, là, au lieu de parler pour ne rien dire. Je lui pince le bras, histoire de me venger du coup de pied, ne cessant qu'en entendant son léger cri de douleur. Rose se lève brusquement du canapé, et, en se massant le bras, se dirige à grand pas vers la chambre de Tom.
Je souris en songeant avoir réussi à lui ôter son masque pendant quelques minutes.
Ce n'est pas si difficile, en y réfléchissant. Une petite réplique bien placée, et le tour est joué, la Rose orgueilleuse et insolente laisse place à
une fille paumée, méconnaissable. J'ai trouvé mon arme, je saurais comment me défendre quand elle deviendra trop odieuse. Ou quand je serais moi-même de mauvaise humeur. Ou quand je m'ennuierais. Après tout, Bill Kaulitz a tous les droits.
Je sens que je vais bien m'amuser.
Fiouuuh'
Désolée d'avoir été aussi longue à poster cette suite [merdique] >_<
Je suis plutôt déçue de ce que j'ai écrit... Mais je compte me rattraper pendant les vacances. Héhé ^^
Voilà...
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Bisous (L')
M*.